| Domaine | Bacteria |
|---|---|
| Embranchement | Proteobacteria |
| Classe | Alphaproteobacteria |
| Ordre | Rhizobiales |
| Famille | Rhizobiaceae |
EspÚces de rang inférieur
Agrobacterium est un genre de bactéries communes du sol et plus particuliÚrement du sol parcouru par les racines des plantes, dit sol rhizosphérique. Certaines sont pathogÚnes pour de nombreuses variétés végétales (on parle alors de phytopathogÚnes). A. tumefaciens est responsable de la formation d'une tumeur végétale, appelée galle du collet (en anglais : crown-gall). La bactérie a été identifiée à partir de ces tumeurs en 1907 par deux chercheurs américains, E.F. Smith et C.O. Townsend. Le mécanisme de formation des tumeurs s'apparente à une transformation génétique, un fragment d'ADN bactérien étant transféré de la bactérie vers la plante, puis intégré dans le matériel chromosomique végétal. Cette observation constitue le fondement d'une des techniques les plus utilisées en ingénierie génétique des végétaux.
Il existe d'autres espÚces d'Agrobacterium, telles A. vitis, responsable de la maladie du broussin de vigne (galle spécifique de la vigne), ou A. rhizogenes, responsable du hairy root, maladie caractérisée par l'apparition d'un chevelu racinaire au point d'infection. La taxonomie des agrobactéries reste trÚs discutée ; elles sont de plus en plus considérées comme trÚs proches des Rhizobium au point de ne plus devoir les différencier[1].
Description
[modifier | modifier le code]Le genre Agrobacterium dĂ©signe des bacilles d'environ 1 x 3 microns, Ă coloration de Gram nĂ©gative (dits gram nĂ©gatif). Le genre Agrobacterium appartient Ă la famille des Rhizobioaceae, elle-mĂȘme incluse dans la classe des alpha-protĂ©obactĂ©ries au sein du phyllum des proteobactĂ©ries.
Le genre Agrobacterium est inclus dans la famille Rhizobiaceae qui regroupe de nombreuses bactéries capables d'induire la formation de nodosités siÚge de la fixation d'azote, telles que Rhizobium et Sinorhizobium. Aujourd'hui, différentes comparaisons, telles que des séquençages ARN 16S, montrent que ces genres sont trÚs proches, au point que les taxonomistes se demandent s'il est pertinent de différencier Agrobacterium et Rhizobium[1]. Rhizobium colonise les Fabaceae, au sein de formation appelées nodosités, siÚges d'une symbiose permettant la fixation de l'azote, bénéfique à la plante et possiblement au sol. Les plantes angiospermes, dites actinorhiziennes, tels que les aulnes, ainsi que certaines ericacées, myricacées et élaeagnacées ont également ces propriétés de fixation d'azote, en symbiose avec des bactéries du genre Frankia.
Les bactĂ©ries du genre Agrobacterium sont mobiles, et aĂ©robies stricts pour la plupart. Certaines peuvent nĂ©anmoins respirer les nitrates en anaĂ©robiose. Elles prĂ©sentent une capacitĂ© d'utilisation des glucides trĂšs Ă©tendue. Leur tempĂ©rature optimale de croissance s'Ă©tage de 24 Ă 28°. Dans ces conditions et dans un milieu de culture trĂšs favorable, leur temps de gĂ©nĂ©ration avoisine 120 minutes. Ă l'inverse, elles rĂ©sistent trĂšs bien aux carences, aux milieux pauvres et peuvent ainsi survivre plusieurs semaines dans de l'eau pure, Ă 4 °C. Elles rĂ©sistent aussi aux sels de tellure, et Ă de nombreux antibiotiques de type bĂȘta-lactame.
Historique
[modifier | modifier le code]La galle du collet est une maladie connue depuis l'antiquité; ses symptÎmes ont été décrits par des observateurs grecs et romains. Elle affectait - et affecte toujours - de nombreuses plantes de culture, tels la vigne ou les arbres fruitiers à noyau. En 1907, deux chercheurs américains, E.F. Smith et C.O. Townsend, isolent une bactérie de fragments de galle, qu'ils identifient comme l'agent pathogÚne responsable de la maladie, nommée Bacterium tumefaciens puis renommée Agrobacterium tumefaciens.
En 1930, Riker et ses collaborateurs, dans le Wisconsin, identifient une bactérie responsable d'une autre maladie des végétaux, le "hairy-root", qui se traduit par l'apparition d'un chevelu racinaire au point d'infection. L'agent responsable sera nommé plus tard Agrobacterium rhizogenes.
En 1942, deux autres américains, P.R. White et A.C. Braun, démontrent que les cellules issues de galles du collet sont des cellules cancéreuses. Débarrassées de la présence d'Agrobacterium, elles prolifÚrent facilement et indéfiniment sur des milieux de culture qui ne permettent pas la croissance de cellules saines, en raison de l'absence de régulateurs de croissance végétaux dans ces milieux. A.C. Braun et ses collÚgues proposent alors l'existence d'un "principe inducteur de tumeur".
à la fin des années 1950, deux groupes de chercheurs français, ceux de Lioret et de Morel, identifient des composés spécifiques des cellules de crown-gall, les opines. Ils proposent en 1972 que la spécificité de synthÚse des opines résulte d'un transfert d'informations génétiques entre la bactérie et la plante.
En 1974, l'élément génétique responsable du pouvoir pathogÚne chez A. tumefaciens est caractérisé par un consortium de chercheurs belges dirigés par J. Schell et M. van Montagu. Il s'agit d'un fragment d'ADN circulaire, ou plasmide, appelé plasmide Ti ou pTi.
En 1977, un autre consortium, américain, dirigé par E. Nester, démontre que la maladie résulte du transfert d'un fragment d'ADN du plasmide Ti, appelé ADN-T ou T-DNA en anglais, de la bactérie vers les chromosomes de la cellule végétale. L'implication d'un plasmide, dit plasmide Ri, et d'un transfert d'ADN sont vérifiés pour A. rhizogenes, à la fin des années 1970 et au début des années 1980.
Enfin, dÚs 1978, le consortium belge cité plus haut est le premier à proposer que le plasmide Ti pourrait servir de vecteur d'introduction de séquences d'ADN choisies dans le génome végétal, ouvrant ainsi la voie au génie génétique des plantes, et à la création de variétés OGM.
Génome
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Le gĂ©nome dâAgrobacterium tumefaciens se compose de deux chromosomes, l'un linĂ©aire et l'autre circulaire, et dans de nombreux cas de plasmides de haut poids molĂ©culaire. Dans la souche de rĂ©fĂ©rence C58, le chromosome 1 est constituĂ© d'environ 2800000 paires de bases (2800 kb) et porte 2833 gĂšnes. Le chromosome 2 est constituĂ© de 2075 kb et porte 1895 gĂšnes. Les plasmides AtC58 et TiC58 comportent respectivement 540 et 210 kb, et regroupent 543 et 198 gĂšnes. Le gĂ©nome complet est donc constituĂ© de 5675 kb et regroupe 5469 gĂšnes. La sĂ©quence nuclĂ©otidique du gĂ©nome de diverses souches dâAgrobacterium est connue et accessible par internet sur le site agrobacterium.org [2].
Listes d'espĂšces
[modifier | modifier le code]Selon la LPSN
[modifier | modifier le code]Depuis des années, la taxonomie du genre Agrobacterium est en pleine évolution[3]. L'espÚce-type Agrobacterium tumefaciens est en cours de reclassement vers une sous-espÚce d'Agrobacterium radiobacter dénommée Agrobacterium radiobacter subsp. tumefaciens. Plusieurs autres espÚces ont été reclassées vers d'autres genres :
- anc. Agrobacterium atlanticum RĂŒger & Höfle 1992 : reclassĂ© en Ruegeria atlantica (RĂŒger and Höfle 1992) Uchino et al. 1999
- anc. Agrobacterium ferrugineum (ex Ahrens & Rheinheimer 1967) RĂŒger & Höfle 1992 : reclassĂ© en Pseudorhodobacter ferrugineus (RĂŒger & Höfle 1992) Uchino et al. 2003
- anc. Agrobacterium gelatinovorum (ex Ahrens 1968) RĂŒger & Höfle 1992 : reclassĂ© en Thalassobius gelatinovorus (RĂŒger & Höfle 1992) Arahal et al. 2006
- anc. Agrobacterium meteori RĂŒger & Höfle 1992 : reclassĂ© en Ruegeria meteori (RĂŒger & Höfle 1992) Hördt et al. 2020
- anc. Agrobacterium rhizogenes (Riker et al. 1930) Conn 1942 : reclassé en Rhizobium rhizogenes (Riker et al. 1930) Young et al. 2001
- anc. Agrobacterium stellulatum (ex Stapp & Knösel 1954) RĂŒger & Höfle 1992 : reclassĂ© en Stappia stellulata (RĂŒger & Höfle 1992) Uchino et al. 1999
- anc. Agrobacterium vitis Ophel & Kerr 1990 : reclassé en Allorhizobium vitis (Ophel & Kerr 1990) Mousavi et al. 2016.
Le périmÚtre actuel délimite onze espÚces, dont six ont été décrites aprÚs 2000 :
- Agrobacterium arsenijevicii KuzmanoviÄ et al. 2019 sp. nov.
- Agrobacterium cavarae Flores-Felix et al. 2020 sp. nov.
- Agrobacterium fabacearum Delamuta et al. 2020 sp. nov.
- Agrobacterium larrymoorei Bouzar & Jones 2001 sp. nov.
- Agrobacterium nepotum (PuĆawska et al. 2012) Mousavi et al. 2016
- Agrobacterium pusense (Panday et al. 2011) Mousavi et al. 2016
- Agrobacterium radiobacter (Beijerinck & van Delden 1902) Conn 1942
- Agrobacterium rosae KuzmanoviÄ et al. 2019 sp. nov.
- Agrobacterium rubi (Hildebrand 1940) Starr & Weiss 1943
- Agrobacterium salinitolerans Yan et al. 2017 sp. nov.
- Agrobacterium skierniewicense (PuĆawska et al. 2012) Mousavi et al. 2016.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) B. Lacroix et V. Citovsky, « Agrobacterium », dans Brenner's Encyclopedia of Genetics (Second Edition), (lire en ligne)
- â Agrobacterium.org A public web resource for the Agrobacterium research community
- â (en) JosĂ©-David Flores-FĂ©lix, Esther MenĂ©ndez, Alvaro Peix, Paula GarcĂa-Fraile et Encarna VelĂĄzquez, « History and current taxonomic status of genus Agrobacterium », Systematic and Applied Microbiology, Elsevier, vol. 43, no 1,â , p. 126046 (ISSN 0723-2020 et 0172-5564, OCLC 51392980, PMID 31818496, DOI 10.1016/J.SYAPM.2019.126046).
