| KV55 Tombeau de Tiyi à l'origine ? Cache d'Akhenaton | |
| Tombeaux de l'Égypte antique | |
|---|---|
Schéma de la tombe KV55 | |
| Emplacement | Vallée des Rois |
| Coordonnées | 25° 26′ nord, 32° 22′ est |
| Découverte | 1907 |
| Découvreur | Edward Russell Ayrton |
| Fouillé par | Edward Russell Ayrton Lyla Pinch Brock |
| Dimensions | |
| Hauteur maximale | 3,93 m |
| Largeur minimale | 1,34 m |
| Largeur maximale | 6,63 m |
| Longueur totale | 27,61 m |
| Superficie totale | 84,3 m2 |
| Volume total | 185,25 m3 |
| Classement | |
| Vallée des Rois | - KV55 + |
| modifier |
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KV55[note 1] est un tombeau situé dans la vallée des Rois, dans la nécropole thébaine sur la rive ouest du Nil face à Louxor en Égypte. Il est découvert en 1907 par Edward Russell Ayrton, qui commence immédiatement les premières fouilles. Il faut attendre 1992-1993 pour que les fouilles reprennent avec Lyla Pinch Brock[1].
Découverte et fouilles
L'entrée de KV55 a été découverte par Edward Russell Ayrton le 6 janvier 1907. Sa découverte a été portée le lendemain à l'attention de Theodore Monroe Davis. La tombe a été visitée pour la première fois le 9 janvier par Ayrton, Davis, Joseph Lindon Smith et (en tant que représentant du Service des Antiquités) Arthur Weigall. Le 11 janvier 1907, les objets trouvés ont été photographiés. Ayrton commença alors le nettoyage de la tombe. Le 25 janvier 1907, le cercueil et la momie ont été examinés in situ[2].
D'après une lettre de Davis à Gaston Maspero, certains des objets découverts dans KV55 étaient encore en place en janvier 1908, et leur étude et leurs tentatives de conservation étaient toujours en cours à cette date[2],[3]. En 1921, lors de fouilles au sud de la tombe, Howard Carter découvrit plusieurs objets qui semblent provenir de KV55. Parmi ces objets, on trouve un brunissoir en jaspe et des fragments de rosettes en cuivre provenant d'un drap mortuaire[4].
Après sa fouille, l'entrée de la tombe fut initialement équipée d'une porte en acier, qui fut ensuite retirée et remplacée par un blocage en pierre. En 1944, ce blocage s'était effondré et avait encombré l'entrée de la tombe de débris. En 1993, la tombe fut à nouveau dégagée par Lyla Pinch Brock. En 1996, elle entreprit des travaux de conservation de l'escalier et du plâtrage de la chambre funéraire grâce à une subvention du Centre de recherche américain en Égypte[1].
- Tombe KV55 lors de sa découverte
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Intérieur de la tombe juste après sa découverte ; la chapelle, les vases canopes et le cercueil sont visibles.
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Le cercueil à sa découverte.
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La chapelle à sa découverte.
KVC
Trois jours avant la découverte de KV55, Ayrton découvrit une niche dans la roche (aujourd'hui désignée KVC), située immédiatement au-dessus de l'entrée de KV55 et contenant des jarres de type XXe dynastie[5]. Cette niche pourrait avoir été le commencement d'une tombe inachevée, et son contenu pourrait être analogue à la cache d'embaumement trouvée dans KV54, mais comme la découverte n'a jamais été correctement publiée, la nature précise de son contenu, la date des pots et sa relation (le cas échéant) avec KV55 ne sont plus claires[5],[6],[7].
Tombe
Localisation
La tombe KV55 est située au centre de la vallée, à proximité immédiate et en contrebas de la tombe de Ramsès IX, et de l'autre côté de la vallée, de la tombe de Ramsès II et de la tombe quasi contemporaine (KV62) de Toutânkhamon. Orientée presque plein est, son entrée se compose d'un escalier, creusé dans le substrat rocheux de la vallée, qui mène à un couloir en pente douce, puis à la chambre unique de la tombe[1].
État général

A - Entrée
B - Corridor
J - Chambre funéraire
Ja - Chambre annexe
KV55 est une tombe d'une longueur totale de seulement 27,61 mètres à chambre unique, relativement petite (32,9 m2), avec les murs et le plafond plâtrés mais laissés sans décoration. La superficie totale du tombeau est de 84,3 m2 et son volume total est de 185,25 m3.
Un ostracon peint, avec ce qui peut faire partie du plan original du tombeau, a été trouvé dans KV55 en 1993 quand le tombeau a été dégagé par Lyla Pinch Brock. Il donne des indications sur l'élargissement de l'entrée, que l'on peut remarquer par les traces de la maçonnerie sur le mur près de l'entrée du tombeau. Ces marques indiquent que l'entrée, les escaliers, le plafond ont été agrandis et le nombre de marches augmenté. Cependant, la tombe semble inachevée : dans le mur sud de la chambre funéraire se trouve une petite niche, prémices d'une antichambre inachevée, tandis que des marques de maçonnerie rouges à l'intérieur de la chambre funéraire indiquent le projet avorté d'une autre pièce. Une fois terminée, la disposition de la tombe aurait pu être à peu près similaire à celle de Toutânkhamon. Ces éléments semblent indiquer que KV55, comme KV62, était initialement destiné à être un lieu de sépulture privé et n'a été repris que plus tard pour une inhumation royale[1],[8].
Entrée
On accède à la tombe par un escalier de vingt marches, creusé dans le substrat rocheux et recouvert d'un rocher en surplomb. Lors de la découverte de la tombe en 1907, la cage d'escalier était recouverte de débris, provenant probablement du percement de la KV6 juste au-dessus. La couche supérieure de ce remplissage était constituée de débris cimentés par l'eau ; en dessous, les débris étaient secs et propres[1],[9].
Porte et blocage d'entrée
Lors de sa découverte, la porte extérieure de la tombe était bloquée par deux murs consécutifs. Le premier blocage consistait en un mur de blocs de calcaire cimentés, enduits et estampillés du sceau de la nécropole royale (avec le motif du chacal et des neuf captifs)[10]. Weigall a déclaré plus tard qu'un fragment du sceau de Toutânkhamon avait été retrouvé dans ce blocage initial[11]. Cependant, cette affirmation n'est corroborée par aucun autre rapport datant de la découverte initiale, ce qui laisse planer le doute sur les affirmations de Weigall[12],[13]. Ce premier blocage avait été partiellement démoli dans l'Antiquité, et la tombe avait été refermée par un second mur constitué de fragments de calcaire détachés, érigé devant les vestiges du premier. Weigall ayant décrit ces blocages successifs en termes ambigus, il est difficile de savoir si le second mur a été retrouvé intact ou s'il avait déjà été partiellement démantelé, comme le mur principal[5],[14].
Couloir
Le couloir en pente au-delà de l'entrée était partiellement comblé par des gravats. Le second mur ayant été construit sur des matériaux provenant de ces gravats, le remblai semble dater de l'époque de l'inhumation initiale. En 1907, ces gravats s'étaient répandus dans la chambre funéraire[10]. Des taches sur le plafond et les murs du couloir indiquent que de l'eau s'était infiltrée dans la tombe par le passé[1].
Chambre funéraire et niche
Les murs de la chambre funéraire étaient enduits de plâtre, mais dépourvus de toute autre décoration. Ce plâtrage semble avoir été réalisé quelques années après le creusement de la tombe, et des réparations sont visibles[1]. Les gravats du couloir s'étaient répandus dans la chambre, recouvrant partiellement le sol de débris. Ailleurs dans la chambre funéraire, le sol et de nombreux objets étaient recouverts de fragments de plâtre tombés des murs et de pierres tombées du plafond[15].
Contenu
Couloir
Sur le remblai de gravats du couloir ont été découverts un panneau et une porte d'une grande chapelle dorée, bien que leur emplacement exact reste incertain[16],[17]. D'autres pièces de la même chapelle ont été retrouvées dans la chambre funéraire.
Chambre funéraire et niche
Les objets découverts dans la chambre funéraire peuvent être regroupés en plusieurs catégories[18],[19] :
- des éléments d'une grande chapelle dorée démantelée au nom de la reine Tiyi, de son époux le roi Amenhotep III et de leur fils le roi Akhenaton : ils sont liés au panneau et à la porte découverts dans le couloir ; une porte a été retrouvée sur l'afflux de gravats près de l'entrée de la chambre, de grands panneaux gisaient au sol ou étaient empilés contre le mur est et des éléments plus petits (tels que des montants de porte, un linteau et peut-être des parties de la corniche) gisaient au sol ;
- la momie d'Akhenaton, le cercueil dans lequel elle se trouvait ainsi que les objets associés : contre le mur sud, reposant sur les restes décomposés de brancards à tête de lion en or, se trouvait un cercueil gravement endommagé, admirablement construit et incrusté d'or et de pierres précieuses ; son couvercle était entrouvert et sa cuve était pourrie ; la momie contenue dans ce cercueil était mal conservée, mais ses enveloppes de lin semblent intactes ; le crâne endommagé avait été séparé du corps et a été retrouvé entouré d'un pectoral de vautour[note 2] ; le bras gauche du corps était croisé sur la poitrine, le bras droit étendu ; dans la niche au-dessus de ce cercueil a été découvert un ensemble de quatre vases canopes en albâtre au nom d'Akhenaton et de la reine Kiya ; quatre « briques magiques » au nom d'Akhenaton (plus précisément à son nom de Nesout-bity Néferkhéperourê Ouâenrê) étaient également liées à ce groupe d'objets ;
- les vestiges de boîtes et de leur contenu : au moins deux boîtes en mauvais état de conservation ont été découvertes dans l'angle sud-est de la pièce, leur contenu jonchait le sol ; il s'agissait notamment d'objets en faïence et semblaient avoir été liés à la cérémonie de l'« ouverture de la bouche » ;
- des empreintes de sceaux : plusieurs petites empreintes de sceaux ont été découvertes sous les panneaux de la chapelle dorée ; elles portent le nom de Toutânkhamon et sont identiques au sceau de type N découvert dans sa propre tombe ; certaines empreintes portent également le nom d'Amenhotep III ; une autre mentionne une propriété au Sinaï ; une autre enfin mentionne une propriété de la princesse Satamon ;
- les autres objets : leur emplacement exact dans la chambre n'est pas toujours clair ; on y trouve notamment des vases et des couvercles portant les noms d’Amenhotep III, de Tiyi et de leur fille Satamon, un support de vase, des fragments de mobilier, un uræus en bronze, des rosettes de drap mortuaire en or et en bronze, une tête d'oie en argent, des figures du dieu Bès, des amulettes et des perles décoratives en or, lapis-lazuli et cornaline, des disques en cuivre doré, un socle de statue et des rouleaux de papyrus ; mais aussi, découverts par Lyla Pinch Brock en 1993, des fragments de poterie, des empreintes de sceaux, quelques morceaux de feuille d'or, des perles de verre et de faïence de différentes tailles, trois très petites perles d'or et un fragment d'une figurine en albâtre[20].
Certains objets en bois de la chambre funéraire semblent avoir été endommagés par l'eau, notamment le cercueil, les brancards et les boîtes ; cependant, les éléments de la chapelle dorée semblent avoir été relativement solides. L'humidité est également la cause probable de la décoloration visible sur certains objets en faïence, bien que d'autres objets similaires ne semblent pas affectés[21].
- Objets découverts dans la tombe KV55
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Couvercle du sarcophage royal
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Détail du visage mutilé du couvercle du sarcophage royal
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Gorgerin en or représentant la déesse Nekhbet trouvé sur les restes de la momie
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Trois des quatre vases canopes au nom de Kiya - Musée égyptien du Caire
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Détail de l'un des vases canopes au nom de Kiya - Musée égyptien du Caire
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Quatrième vase canope au nom de Kiya - Metropolitan Museum of Art - New York
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Détail du quatrième vase canope - Metropolitan Museum of Art - New York
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Vase portant les cartouches de Kiya - Metropolitan Museum of Art - New York
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Photo de la chapelle dorée
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Dessin de la chapelle dorée
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Extrait d'un panneau de la chapelle dorée ; il représente la reine Tiyi aspergeant d'encens des offrandes sous les rayons d'Aton.
Interprétation
Les problèmes d'interprétation de KV55 sont dus en grande partie aux lacunes de la publication originale de Davis sur les fouilles. Ce mélange de faits, d'hypothèses, d'erreurs et d'omissions a obscurci la compréhension complète du gisement[22]. La responsabilité de ces lacunes incombe généralement à Davis (en tant que rédacteur en chef de la publication) et à Ayrton (en tant qu'archéologue superviseur)[22],[23]. De récents réexamens attentifs de la publication originale, des témoignages oculaires et des photographies prises avant le nettoyage de la tombe ont apporté une certaine clarté[24].
Bien que la tombe ait été clairement perturbée dans l'Antiquité et que son contenu ait été décrit comme désordonné et chaotique[25], Martha Bell a soutenu que ce désordre était plus apparent que réel. Sa reconstitution de la disposition de la tombe indique un agencement ordonné et délibéré des artefacts, et elle suggère que l'impression de chaos pourrait être due à l'effondrement d'objets en bois causé par des chutes de plâtre et de pierre[15]. Les éclats et taches « cimentés » dans le couloir indiquent que l'eau a pénétré dans la tombe par le plafond. Cependant, la quantité d'eau pourrait n'avoir pas été importante, et la plupart des dégâts pourraient avoir été causés par une humidité accrue plutôt que par un contact direct avec l'eau. Bell a également suggéré que l'humidité sous la momie pourrait provenir des pluies tombées peu après l'ouverture de la tombe en 1907. D'autres dommages aux objets en bois pourraient être dus à des insectes[21].
Chapelle de Tiyi
Une reconstitution récente de la chapelle, basée sur des preuves photographiques, des dessins, des descriptions de témoins oculaires et deux planches conservées au Caire, indique qu'elle ressemblait aux deuxième et troisième chapelles de Toutânkhamon par son aspect général et ses dimensions[26]. La présence de rosettes en cuivre indique qu'un drap mortuaire était drapé sur un cadre associé à la chapelle, également comparable aux chapelles de Toutânkhamon[27]. Cependant, la décoration et les inscriptions de la chapelle sont sensiblement différentes de celles de Toutânkhamon : la décoration était dominée par de grandes scènes d'offrandes plutôt que par une multitude de scènes mythologiques plus petites ; le texte était beaucoup plus bref et semble principalement consacré aux titres, aux noms et à la dédicace de la chapelle, plutôt qu'à des extraits de livres funéraires ; et l'intérieur de la chapelle était dépourvu d'inscriptions et de décorations[28].
Le texte de la chapelle indique qu'elle a été réalisée par Akhenaton pour sa mère Tiyi. À une exception près, les noms d'Akhenaton ont été effacés et, à certains endroits, remplacés par ceux de son père Amenhotep III à l'encre[27]. Le texte fait également référence à la « Maison d'Aton à Akhetaton », ce qui indique peut-être que la chapelle a été construite et utilisée à l'origine à Amarna[21]. La décoration, qui semble avoir été très similaire sur tous les côtés de la chapelle, représente Akhenaton et Tiyi faisant des offrandes à Aton, l'accent étant mis sur le roi plutôt que sur sa mère. Comme pour ses noms, la figure d'Akhenaton a été effacée des scènes, à une exception près[28].
La disposition ordonnée des éléments de la chapelle à l'intérieur de la tombe semble indiquer qu'elle était autrefois debout, entièrement assemblée, portes orientées vers le sud, et qu'elle a ensuite été démontée à l'intérieur de la tombe[29]. Il semble qu'une seule chapelle ait été utilisée dans KV55, plutôt qu'une suite de quatre chapelles imbriquées, comme dans la tombe de Toutânkhamon[27].
La présence d'une chapelle dédiée à Tiyi est généralement considérée comme une preuve que la momie de Tiyi reposait autrefois dans la chapelle de KV55. D'autres objets portant son nom (comme le meuble) et ceux d'Amenhotep III sont également considérés comme appartenant à son équipement funéraire. Les empreintes de sceaux trouvées près du mur est pourraient indiquer la présence d'autres objets retirés ultérieurement avec la momie de la reine[30].
Cercueil, vases canopes et briques magiques
Lors de l'ouverture initiale de KV55, Theodore Davis crut avoir trouvé la tombe de la reine Tiyi. Cependant, il fut rapidement reconnu que les restes humains qui y étaient enterrés étaient masculins. Georges Daressy en déduisit également que le cercueil doré découvert dans la tombe avait été conçu à l'origine pour une femme (les inscriptions hiéroglyphiques sont au féminin) et n'avait été adapté que plus tard pour accueillir un roi, grâce à des modifications de ses inscriptions et à l'ajout d'une fausse barbe, d'un uræus et des sceptres royaux (croix et fléau)[31]. L'identité du propriétaire initial du cercueil a fait l'objet de nombreuses discussions au fil des ans : Tiyi, Néfertiti, Mâkhétaton et Mérytaton étant toutes proposées comme candidates[32]. Il est désormais largement admis que le cercueil était initialement destiné à Kiya, l'épouse secondaire d'Akhenaton[33]. Il est également reconnu que les quatre vases canopes découverts près du cercueil appartenaient à Kiya, et que les têtes féminines sur les bouchons des vases la représentent. Tout comme le cercueil, les vases canopes ont été modifiés pour l'enterrement d'un roi : la titulature de Kiya a été effacée et un uræus royal a été ajouté à chaque tête de portrait[33].
Tous les noms de personnes inscrits sur le cercueil et les vases canopes ont été supprimés dans l'Antiquité, ce qui a donné lieu à un long débat sur l'identité des restes humains contenus dans le cercueil. Au cours du siècle dernier, les principaux candidats pour cet individu ont été Akhenaton ou l'éphémère et obscur Smenkhkarê[34].
La preuve que l'occupant du cercueil était Akhenaton est apportée par les quatre briques magiques retrouvées à l'intérieur de la tombe. Deux d'entre elles portaient des inscriptions hiératiques, mais elles sont mal conservées et le nom de leur propriétaire est perdu. Les deux autres, cependant, sont de meilleure qualité, avec des inscriptions hiéroglyphiques nommant l'Osiris Néferkhéperourê Ouâenrê (le nom de Nesout-bity d'Akhenaton)[35]. Le fait que les quatre briques étaient correctement orientées et que trois d'entre elles étaient positionnées en étroite association avec le cercueil suggère qu'elles étaient destinées à former un ensemble et qu'elles étaient destinées au dernier occupant du cercueil, qui serait donc Akhenaton[36].
Momie
Anciennes analyses
La momie trouvée dans la tombe a cependant été d'abord identifiée comme appartenant à une femme par deux médecins visiteurs qui ont examiné les restes in situ. Cela a conduit Davis à conclure qu'il avait trouvé la momie de la reine Tiyi et il a donc publié son compte rendu de la découverte sous le titre « The tomb of Queen Tîyi »[note 3],[37]. Comme raisons possibles de cette identification initiale, la position (typiquement féminine) des bras de la momie[38], des dommages post-mortem aux os du bassin[39] et l'absence d'organes génitaux masculins ont été suggérés[14]. Mais lorsque l'anatomiste Grafton Elliot Smith a examiné le crâne et les os au Caire quelques mois plus tard, il a conclu qu'il s'agissait de ceux d'un jeune homme, avec des hanches larges, un menton pendant et un crâne déformé provoqué par une hydrocéphalie chronique[37]. L'âge du décès qu'il a estimé était d'environ 25 ans, bien qu'il ait suggéré plus tard la possibilité que le corps ait souffert du syndrome de Frölich (en) qui a retardé la maturation normale du squelette. Ces résultats ont été considérés comme corroborant les affirmations initiales de Weigall, Maspero et Smith, fondées sur d'autres preuves trouvées dans la tombe selon lesquelles le corps était celui d'Akhenaton[40].
Des réexamens ultérieurs des restes ont confirmé l'identification initiale de Smith selon laquelle la momie appartenait à un jeune homme (bien que présentant des traits féminins)[41], mais ont repoussé l'âge estimé du décès à environ 20 ans[42]. Ces réexamens ont également indiqué que le corps ne présentait aucun signe de retard de maturation et que, bien que le crâne fût de forme inhabituelle, il n'était pas anormal[41] et ne présentait aucun signe d'hydrocéphalie[43]. La reconstruction des traits du visage du crâne a également indiqué que le visage de la momie de son vivant ne présentait aucune ressemblance particulière avec la représentation d'Akhenaton sur ses monuments[41],[44]. Cependant, les représentations d'Akhenaton étant très stylisées, l'absence de similitude n'est pas concluante. Après la découverte de la tombe de Toutânkhamon, une étroite ressemblance a été constatée entre sa momie et le corps retrouvé dans KV55. Des analyses ultérieures ont montré que les deux partageaient le même groupe sanguin (A2) et le même antigène sérique (MN), ce qui suggère que Toutânkhamon et l'individu retrouvé dans KV55 étaient étroitement apparentés[42], soit comme père et fils, soit comme frères. Ces résultats ont permis de conclure que le corps de KV55 était trop jeune pour être celui d'Akhenaton, ce qui a conforté l'hypothèse selon laquelle la momie était celle de Smenkhkarê, une idée initialement avancée par Rex Engelbach en 1931[4].
Avant , il a été souligné que la fiabilité des méthodes d'évaluation de l'âge du décès des momies en général était incertaine[45]. Pour ces raisons, l'exactitude des estimations d'âge a été remise en question à plusieurs reprises[30],[46],[47],[48]. Plusieurs études ont estimé que la momie était celle d'un homme décédé vers l'âge de 25-26 ans ; outre Smith, Douglas E. Derry et Ronald G. Harrison sont arrivés à cette conclusion[49]. John R. Harris, à la fin des années 1980, a proposé 35 ans comme âge, tandis que Joyce Filer, au début des années 2000, a suggéré le début de la vingtaine[49]. Ailleurs, une analyse des restes squelettiques basée sur la dentition et les radiographies des os longs a indiqué 35 ans[50].
Analyses récentes
En 2007, Zahi Hawass a fait réaliser un examen au scanner sur le squelette du tombeau, analyse qui montrait surtout que ce squelette était celui d'un homme de bien plus de 25 ans, avec comme nouvelles découvertes sur le squelette une légère scoliose, des dents de sagesse subsistant dans la mâchoire et une fente palatine[51]. À la fin des années 2000, des examens utilisant des tomodensitogrammes ainsi qu'une analmyse ADN, publiés en 2010 et 2016, ont montré que la momie était décédée entre 35 et 45 ans, ce qui, selon les examinateurs, étaye la théorie selon laquelle la momie est celle d'Akhenaton (même groupe sanguin (A2MN) et un ADN apparenté à Toutânkhamon) : en effet, l'analyse a montré que la momie était celle d'un fils d'Amenhotep III et le père de Toutânkhamon[52],[49]. Les preuves archéologiques, inscriptionnelles et désormais génétiques indiquent que les anciens Égyptiens qui ont enterré (et plus tard profané) le corps dans KV55 pensaient qu'il s'agissait de celui d'Akhenaton[52]. Cependant, plusieurs experts contestent ces conclusions, affirmant que Hawass et al. n'ont pas fourni suffisamment de preuves pour supposer un âge plus avancé au décès. En réalité, l'article original de 2010 ne cite qu'un seul point de dégénérescence vertébrale, tandis que d'autres analyses, comme celle de Strouhal[note 4], citent plusieurs indicateurs d'un âge plus jeune, niant par ailleurs que des changements dégénératifs de la colonne vertébrale aient pu être détectés et soulignant que le palais de la momie n'était pas suffisamment intact pour diagnostiquer une fente palatine[53].
L'identité de la momie est d'autant plus complexe qu'il ne semble pas être le père de la momie féminine KV21a[54]. Cette dernière a été identifiée comme une candidate probable pour être la mère des deux fœtus découverts dans la tombe de Toutânkhamon, ces éléments orientant vers la reine Ânkhésenamon, fille d'Akhenaton et seule épouse connue de Toutânkhamon. Kate Phizackerley a souligné que l'ADN des fœtus exclut la momie de KV55 comme double grand-père, car la mère KV21a des fœtus ne posséderait pas tous les allèles disponibles dans ce cas[55]. L'identification de la momie à Akhenaton reste donc très controversée, les opposants à cette théorie continuant de le considérer comme l'obscur Smenkhkarê.
Le 7 mars 2021, les résultats d'une nouvelle reconstruction faciale médico-légale ont été publiés ; l'âge est estimé à environ 22 ans, mais selon les auteurs, les preuves archéologiques pointent vers Akhenaton[56].
- Restes de la momie
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Crâne du pharaon Akhenaton, attesté par analyses ADN.
Reconstitution
Le dépôt, tel qu'il a été découvert à KV55, présente un mélange d'anomalies chronologiques et religieuses[36]. Les objets portant les noms et prénoms d'Amenhotep III pourraient être contemporains du règne de ce roi et être interprétés comme des possessions de la reine Tiyi. D'autres objets portant le nom de Tiyi (comme la chapelle et le mobilier) lui appartenaient clairement. La présence d'Akhenaton est attestée par des objets initialement inscrits pour lui (comme les briques magiques) et des objets adaptés à son usage (comme le cercueil et les vases canopes).
Il est néanmoins hautement improbable que cette tombe soit à l'origine destinée pour l'un ou pour l'autre :
- dans le cas de Tiyi, des éléments découverts dans la tombe WV22 suggèrent qu'Amenhotep III a préparé l'enterrement de la reine dans sa propre tombe. Cependant, le fait que Tiyi ait survécu à son mari, peut-être plus de douze ans, semble avoir perturbé ces plans[25]. D'autre part, d'après les inscriptions de la chapelle, il semble probable que Tiyi ait été enterrée à Amarna par son fils Akhenaton.
- dans le cas d'Akhenaton, il semble presque certain qu'il fut initialement inhumé dans la tombe qu'il avait préparée pour lui-même dans la vallée royale d'Amarna[25].
Bien qu'il soit difficile de savoir si le sceau de Toutânkhamon était apposé sur le mur d'origine, les nombreuses petites empreintes de sceau portant son prénom sont très probablement liées à la ou aux réinhumations de KV55, car il n'a probablement pas participé aux préparatifs funéraires initiaux de Tiyi (décédée plusieurs années avant l'accession au trône de Toutânkhamon) ni d'Akhenaton (qui, vraisemblablement, fut inhumé par son successeur immédiat Ânkh-Khéperourê)[16].
Un scénario, suggéré par Nicholas Reeves, est le suivant : Akhenaton et sa mère, la reine Tiyi, furent initialement inhumés dans le tombeau royal d'Akhetaton, sa nouvelle capitale. Leurs momies furent ensuite transférées à KV55 après l'abandon total d'Akhetaton sous le règne de Toutânkhamon, fils d'Akhenaton. La porte de KV55 fut scellée au nom de Toutânkhamon. Les momies y restèrent environ 200 ans, jusqu'à ce que le tombeau soit redécouvert par des ouvriers fouillant la tombe de Ramsès IX à proximité. À cette époque, Akhenaton était vilipendé, qualifié de « roi hérétique » ; par conséquent, le cercueil de la reine Tiyi fut rapidement retiré de sa présence souillante, à l'exception de la châsse en bois doré qui l'entourait, qui aurait dû être démontée pour être retirée. L'effigie d'Akhenaton fut volontairement grattée pour être effacée sur les bas-reliefs de la chapelle. De plus, le masque en or du cercueil son cartouche d'identification furent arraché, condamnant ainsi son occupant à l'oubli. En guise d'insulte finale, une grosse pierre fut jetée sur le cercueil[57].
Notes et références
Notes
- ↑ KV pour King Valley (vallée des Rois).
- ↑ Ce pectoral est comparable à celui découvert dans la tombe de Toutânkhamon.
- ↑ C'est-à-dire « La tombe de la Reine Tiyi ».
- ↑ Le Dr Strouhal a examiné la momie en 1998, mais les résultats ont apparemment été retardés et peut-être éclipsés par l'examen de Filer en 2000. Les conclusions de Strouhal ont été publiées en 2010 pour contester les conclusions de Hawass et al.
Références
- (en) « KV55 »
- Davis 1990, p. v-vii.
- ↑ Reeves 1990, p. 335-336.
- Davis 1990, p. ix.
- Davis 1990, p. v.
- ↑ Reeves 1990, p. 172.
- ↑ Bell 1990, p. 137.
- ↑ Reeves et Wilkinson 1996, p. 121.
- ↑ Davis 1990, p. 7.
- Reeves 1990, p. 42.
- ↑ Weigall 1912, p. 208.
- ↑ Davis 1990, p. vi.
- ↑ Bell 1990, p. 136.
- Bell 1990, p. 133.
- Bell 1990, p. 116.
- Reeves 1990, p. 45.
- ↑ Bell 1990, p. 110, 136, fig. 5.
- ↑ Reeves 1990, p. 46-47.
- ↑ Bell 1990, p. 110-119.
- ↑ Campbell 2012, p. 156.
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- Davis 1990, p. iv.
- ↑ Bell 1990, p. 97.
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- ↑ Davis 1990, p. viii.
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- ↑ Aldred 1988, p. 199.
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- ↑ Davis 1990, p. ix-xi.
- ↑ Davis 1990, p. xi.
- ↑ Gabolde 2013, p. 14 et suivantes.
- ↑ Aldred 1988, p. 202.
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