| Midyat | ||||
La vieille ville de Midyat | ||||
| Administration | ||||
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| Pays | ||||
| Région | Région de l'Anatolie du sud-est | |||
| Province | Mardin | |||
| District | Midyat | |||
| Préfet | Mustafa Temel Koçaklar 2000 |
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| Indicatif téléphonique international | +(90) | |||
| Plaque minéralogique | 47 | |||
| Géographie | ||||
| Coordonnées | 37° 25′ 00″ nord, 41° 22′ 11″ est | |||
| Altitude | 959 m |
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| Localisation | ||||
| Géolocalisation sur la carte : Turquie
Géolocalisation sur la carte : région de l'Anatolie du Sud-Est
Géolocalisation sur la carte : province de Mardin
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| Liens | ||||
| Site de la province | http://www.mardin.gov.tr | |||
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Midyat (en arabe : مديات, en araméen : ܡܕܝܕ Mëḏyaḏ, en kurde : Midyad) est une ville située dans le sud-est de la Turquie, au nord de la Mésopotamie. Elle compte environ 83 000 habitants. Midyat se trouve au cœur de la région Tur Abdin, centre historique et spirituel du peuple Syriaque-Araméen.
Histoire
Les premières mentions de la ville remontent au IXe siècle av. J.-C., sous le nom de Matiate, qui signifie « la cité des grottes ». Au fil de son histoire, Midyat fut gouvernée par de nombreux peuples : les Mitanni, Araméens, Perses, Romains, Byzantins, Abbassides, Seldjoukides et finalement les Ottomans.
Selon la tradition chrétienne, la population de Midyat aurait été évangélisée dès le Ier siècle par les apôtres Thomas et Thaddée. Les anciens temples païens furent alors transformés en églises et monastères, et la région du Tur Abdin devint un centre majeur de diffusion du christianisme en Orient.
XVe siècle
Au début du XVe siècle, lors de la montée de l’Empire timouride dirigé par Tamerlan, un massacre des chrétiens de la région du Tur Abdin eut lieu en 1402. De nombreuses églises et monastères furent détruits. En 1478, Midyat devint le siège d’un évêché de l’Église syriaque orthodoxe.
Période ottomane
Sous l’Empire ottoman, la circonscription (kaza) de Midyat fut créée en 1810 et la ville obtint le statut de cité en 1890. Les discriminations contre les chrétiens y restèrent fortes : interdiction de porter des armes et imposition fiscale accrue.
Le missionnaire britannique George Percy Badger visita Midyat en 1850 et décrivit une grande cité comptant environ 450 familles Syriaques-Araméennes appartenant à l’Église syriaque orthodoxe. Il nota la présence de six églises, un monastère et plusieurs prêtres, ainsi qu’une population prospère et résolue à se défendre contre les attaques kurdes[1].
Vers la fin du XIXe siècle, Midyat comptait entre 8 000 et 12 000 chrétiens syriaques. L’arrivée de missionnaires anglais et américains entraîna la naissance des communautés syriaque-catholique et syriaque-protestante. En 1913, le savant syriaque-catholique Isaac Armalet recensa environ 1 400 familles syriaques orthodoxes, 80 protestantes et 30 catholiques.
Génocide syriaque (Sayfo)
En 1915, au cours du Sayfo, les chrétiens de Midyat furent la cible de massacres organisés par les autorités ottomanes et les tribus kurdes locales. Des milliers de Syriaques furent tués dans la ville après plusieurs semaines de combats. Des télégrammes envoyés par l’ambassade impériale allemande à Constantinople mentionnent :
Depuis le début du mois de juillet 1915, Rashid Bey, vali de Diyarbakir, a initié l’extermination systématique de la population chrétienne sous son autorité, sans distinction d’origine ni de confession...[2]
Des témoignages rapportent des atrocités commises contre des enfants et des civils syriaques dans la ville[3].
Époque contemporaine
En 2020, les archéologues ont découvert sous Midyat la plus grande ville souterraine connue au monde, confirmant l’ancien nom de Matiate (« la cité des grottes »). Les fouilles ont révélé des lieux de culte chrétiens, des puits et de nombreux artefacts datant des IIe et IIIe siècles.
Culture
Midyat est réputée pour son architecture en pierre calcaire blanche et pour ses sculptures sur pierre ornementales. Les maisons, églises et bâtiments historiques sont construits avec de hauts murs qui gardent la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. Les vignes qui entourent la ville servent principalement à la production de vin.
La ville est également célèbre pour son artisanat d’orfèvrerie connu sous le nom de Telkari (filigrane d’argent), caractéristique du Tur Abdin.
Population
Les persécutions répétées depuis le Moyen Âge — notamment par les envahisseurs mongols, turcs et kurdes — ont réduit la population Syriaque-Araméenne de la région. À la suite du Sayfo de 1915, de nombreuses familles ont fui vers la Syrie, le Liban et l’Irak, marquant le début de la diaspora syriaque-araméenne.
Au début des années 1960, la vieille ville comptait encore environ 570 familles syriaques et une minorité kurde. À partir des années 1970, les conflits entre l’État turc et le PKK ainsi que les assassinats ciblés de notables syriaques ont provoqué une nouvelle vague d’exil vers l’Europe.
Aujourd’hui, Midyat ne compte plus qu’une cinquantaine de familles Syriaques-Araméennes. La population majoritaire est kurde, avec une importante minorité Mhallami.
Églises et monastères
La ville compte neuf églises historiques, parmi lesquelles :
- Église Mor Ahisnoyo
- Église Mor Barsaumo
- Église Beth-Il
- Église de la Mère de Dieu
- Église Mort Shmoni
- Église Mor Sharbel
La ville comptait aussi une petite chapelle, celle de Mor Zokhe. Deux anciens monastères existaient autrefois à Midyat : le Monastère Mor Abrohom et Mor Hobel et le Monastère Mor Sharbel, ce dernier ayant été détruit en 1930 après sa confiscation par l’État turc.
La région du Tur Abdin dans son ensemble abrite plusieurs centaines d’églises et de monastères, témoignant de l’importance historique du christianisme syriaque en Haute-Mésopotamie.
Références
- ↑ G. P. Badger, The Nestorians and Their Rituals, vol. 1, 1850
- ↑ Atto, Naures. Let Them Not Return, 2018.
- ↑ Virtual Genocide Memorial - Midyat

