Un ose (ou monosaccharide) est un monomĂšre de glucide. Les oses possĂšdent au moins trois atomes de carbone : ce sont des polyhydroxyaldĂ©hydes ou des polyhydroxycĂ©tones[1]. Les monosaccharides ne sont pas hydrolysables. Les monosaccharides sont solubles dans l'eau contrairement aux polysaccharides. Les polysaccharides servent au stockage dâĂ©nergie alors que les oses (monosaccharides) ont un pouvoir sucrant. On les distingue par la longueur de leur chaĂźne carbonĂ©e, comme suit :
- les trioses : oses à 3 carbones, C3H6O3 (glycéraldéhyde, dihydroxyacétone) ;
- les tétroses : oses à 4 carbones, C4H8O4 (érythrose, thréose, érythrulose) ;
- les pentoses : oses à 5 carbones, C5H10O5 (désoxyribose (C5H10O4), ribose, arabinose, xylose, lyxose, ribulose, xylulose) ;
- les hexoses : oses Ă 6 carbones, C6H12O6 (allose, altrose, galactose, glucose, gulose, idose, mannose, talose, fructose, psicose, sorbose, tagatose) ;
- les désoxyhexoses : désoxyoses à 6 carbones, C6H12O5 (fucose, rhamnose) ;
- les heptoses : oses à 7 carbones, C7H14O7 (sédoheptulose, mannoheptulose) ;
- les octoses : oses Ă 8 carbones, C8H16O8 (heptahydroxyoctanal) ;
- les nonoses : oses Ă 9 carbones, C9H17N1O8 (acide neuraminique ou acide sialique).
Les oses peuvent ĂȘtre libres ou liĂ©s entre eux (oligosides et polyosides) ou liĂ©s Ă des protĂ©ines (glycoprotĂ©ines), ou encore Ă des lipides (glycolipides). Ils sont Ă l'origine du glycome (le patrimoine de sucres d'un organisme) et jouent un grand rĂŽle au niveau cellulaire, tout particuliĂšrement chez certaines bactĂ©ries (Ă Gram nĂ©gatif notamment) dont les capsules protectrices sont constituĂ©es de polymĂšres d'oses, plus souvent que de protĂ©ines.
Propriétés physiques et organoleptiques
[modifier | modifier le code]Les oses ont une couleur blanchĂątre.
Solubilité
[modifier | modifier le code]L'abondance des groupes hydroxyle (OH) dans leur molécule confÚre aux oses une trÚs grande solubilité dans l'eau.
Cristallisation
[modifier | modifier le code]Les solutions aqueuses concentrĂ©es d'oses sont visqueuses, ce sont des sirops (la cristallisation est difficile). Celle-ci peut ĂȘtre facilitĂ©e par addition de solvants organiques (mĂ©thanol, Ă©thanol, etc.) et Ă chaud (prĂ©sence de chaleur) oĂč les oses sont peu solubles.
Pouvoir rotatoire
[modifier | modifier le code]Tous les oses ont un pouvoir rotatoire défini (à l'exception de ceux possédant un groupe cétone comme la dihydroxyacétone), ce qui constitue un moyen d'identification par polarimétrie.
Propriétés organoleptiques
[modifier | modifier le code]Quelques-uns ont une saveur agréable sucrée, mais il est faux de généraliser cette propriété car d'autres composés qui ne sont pas des oses, tels la glycine ou l'acide aspartique (duquel dérive l'édulcorant aspartame), possÚdent une saveur sucrée.
Structure
[modifier | modifier le code]Formule brute
[modifier | modifier le code]Cn(H2O)n oĂč n est un nombre entier reprĂ©sentant le nombre de carbones (de trois Ă sept pour les oses naturels) pour de nombreux oses, cependant il ne faut pas gĂ©nĂ©raliser cette propriĂ©tĂ©. Par exemple, l'acide acĂ©tique, qui n'est en aucun cas un ose, a pour formule brute CH3COOH soit C2(H2O)2. D'autre part, des dĂ©rivĂ©s d'ose, comme la glucosamine (qui possĂšde d'autres atomes que le carbone, l'hydrogĂšne et l'oxygĂšne ; en l'occurrence, l'azote) ne prĂ©sentent pas la propriĂ©tĂ© Ă©noncĂ©e ci-dessus valable pour de nombreux oses.
Il est possible de synthĂ©tiser Ă partir d'un ose de n carbones un autre ose de n+1 carbones (par ajout d'un groupe CH-OH en dessous du groupe aldĂ©hyde ou cĂ©tone, Ă carbone asymĂ©trique) : on effectue des rĂ©actions chimiques successives de Kiliani-Fischer (ou synthĂšse de l'acide cyanhydrique), rĂ©action non stĂ©rĂ©ospĂ©cifique qui peut donc donner, Ă partir d'un mĂȘme ose, deux oses diffĂ©rents.
Structure acyclique
[modifier | modifier le code]Un ose à n carbones est composé d'une chaßne carbonée non ramifiée, de trois à sept carbones, ne comportant que des liaisons simples. Tous les carbones portent un groupe hydroxyle (OH) sauf un qui porte un groupe carbonyle.
Cela détermine deux catégories d'oses :
- aldose, si le groupe carbonyle est un groupe aldéhyde, il se trouve sur le premier carbone (par exemple le glucose) ;
- cétose, si le groupe carbonyle est un groupe cétone, il se trouve sur le second carbone (par exemple le fructose).
Hormis la dihydroxyacétone, tous les oses possÚdent un pouvoir rotatoire du fait de la présence d'au moins un carbone asymétrique : les oses sont dits « chiraux ». S'il y a n atomes de carbone asymétriques, il existe 2n paires d'énantiomÚres, diastéréoisomÚres entre elles. Chaque paire a un nom différent et les descripteurs D et L sont traditionnellement utilisés pour différencier chaque énantiomÚre.

Deux Ă©nantiomĂšres (antipodes optiques) ont les mĂȘmes propriĂ©tĂ©s Ă l'exception d'une seule : leur pouvoir rotatoire opposĂ©. La figure 1 reprĂ©sente les deux Ă©nantiomĂšres du glucose, la forme D-glucose est la forme naturelle.
- Dans la forme D, le groupe hydroxyle (-OH) porté par le carbone n-1 est à droite (en représentation de Fischer).
- Dans la forme L, le groupe hydroxyle (-OH) porté par le carbone n-1 est à gauche (en représentation de Fischer).
La forme D ou L n'implique en rien le caractĂšre dextrogyre ou lĂ©vogyre de la molĂ©cule. Ainsi le D-(+)-glucose est dextrogyre (+52°) et le D-(-)-fructose est fortement lĂ©vogyre (â92,4°).
La majorité des oses naturels sont de la forme D, mais il existe également des oses de la série L.
Structure cyclique
[modifier | modifier le code]La projection de Haworth est souvent utilisée pour représenter la forme cyclique des oses.
Il y a hĂ©miacĂ©talisation entre le groupe carbonyle et un OH, dĂšs lors qu'ils sont distants d'au moins trois carbones (ex. : entre le carbone 1 et 5 du glucose ou entre le carbone 2 et 5 du fructose, ou encore entre le carbone 1 et 4 du ribose). Le OH nĂ© de la cyclisation est appelĂ© OH « anomĂ©rique » ou « anomĂšre ». Il donne lieu Ă un nouveau carbone asymĂ©trique (le carbone porteur du groupe carbonyle : no 1 dans le cas dâun aldose ou no 2 dans le cas dâun cĂ©tose) et selon qu'il est placĂ© sous ou sur le plan du cycle, il donne naissance Ă deux isomĂšres alpha (α) ou bĂȘta (ÎČ) (alpha signifiant en dessous, et bĂȘta au-dessus pour la sĂ©rie D ; c'est l'inverse pour la sĂ©rie L), la forme bĂȘta Ă©tant plus stable que la forme alpha.
Une fois la chaĂźne carbonĂ©e repliĂ©e, la proximitĂ© de la double liaison du groupe aldĂ©hyde (ou cĂ©tone sâil s'agissait dâun cĂ©tose) permet, du fait de sa fragilitĂ©, la rupture de la liaison P et de la liaison OH du groupe hydroxyle (ici du C no 5), permettant lâĂ©tablissement dâune nouvelle liaison C no 1 et O de lâancien groupe hydroxyle du C no 5, fermant ainsi un cycle.
Cycle sous forme furanique
[modifier | modifier le code]Les oses se cyclisant généralement sous forme furanique (furane) sont :
- le ribose donnant du ribofuranose ;
- le 2-désoxyribose donnant du 2-désoxyribofuranose.


Cycle sous forme pyranique
[modifier | modifier le code]Les oses se cyclisant généralement sous forme pyranique (pyrane) sont :
Le mécanisme le plus commun de cyclisation est un mécanisme d'hémiacétalisation pour les aldoses et hémicétalisation pour les cétoses. L'oxygÚne qui va se positionner à l'intérieur du cycle est celui du groupe hydroxyle qui détermine la série L ou D (donc porté par C5 pour les pyranoses ou C4 pour les furanoses). L'oxygÚne du groupe carbonyle donnera le OH porté par C1.
Mécanisme[2] :
- Le groupe carbonyle capte un proton du solvant ;
- Attaque nucléophile sur C1 par le OH qui détermine la série L ou D ;
- Le O intracyclique perd son proton.
En sĂ©rie D, les formes bĂȘta ont toujours leur groupe hĂ©miacĂ©talique (OH en 1, qui n'est pas un hydroxyle) vers le haut sous la reprĂ©sentation de Haworth ; de mĂȘme, les formes alpha portent le OH vers le bas.
Nomenclature
[modifier | modifier le code]Ils peuvent se présenter sous forme cristalline. Les oses sont de deux types :
- si le groupe carbonyle de l'ose est un aldéhyde, c'est un aldose ;
- si ce groupe est une cétone, c'est un cétose (ou cétulose).

* Triose : (1) D-(+)-glycéraldéhyde ;
* TĂ©troses : (2a) D-(â)-Ă©rythrose ; (2b) D-(â)-thrĂ©ose ;
* Pentoses : (3a) D-(â)-ribose ; (3b) D-(â)-arabinose ; (3c) D-(+)-xylose ; (3d) D-(â)-lyxose ;
* Hexoses : (4a) D-(+)-allose ; (4b) D-(+)-altrose ; (4c) D-(+)-glucose ; (4d) D-(+)-mannose ; (4e) D-(â)-gulose ; (4f) D-(â)-idose ; (4g) D-(+)-galactose ; (4h) D-(+)-talose.

* Triose : (1) dihydroxyacétone ;
* Tétrose : (2) D-érythrulose ;
* Pentoses : (3a) D-ribulose ; (3b) D-xylulose ;
* Hexoses : (4a) D-psicose ; (4b) D-fructose ; (4c) D-sorbose ; (4d) D-tagatose.
Exemples d'oses remarquables :
- Aldotriose
- D- et L-glycéraldéhyde
- (Cétotriose)
- Aldopentoses
- D-ribose
- D- et L-arabinose
- D-xylose
- D-lyxose
- D-désoxyribose
- Cétopentoses
- Aldohexoses
- Dérivés ayant un rÎle physiologique
- D-glucuronate (6-carboxy-D-glucose)
- D-galacturonate (6-carboxy-D-galactose)
- N-acétyl-D-glucosamine
- D-glucosamine
- N-acétyl-D-galactosamine
- D- et parfois L-fucose (6-désoxy-D- et -L-galactose)
- L-rhamnose (6-désoxy-L-mannose)
- D-quinovose (6-désoxy-D-glucose)
- Cétohexose
- D-fructose
Dérivés
[modifier | modifier le code]Polyalcools
[modifier | modifier le code]Les polyalcools (ou polyols) sont obtenus par réduction du groupe aldéhyde en hydroxyle, c'est le cas par exemple du glycérol.
Osamines
[modifier | modifier le code]Dans les osamines, le groupe hydroxyle (âOH) en C2 est remplacĂ© par âNH2. On peut Ă©galement lui rajouter un groupe acĂ©tyl.
Désoxyoses ou désoses
[modifier | modifier le code]Les désoxyoses sont créés par substitution d'hydrogÚne en remplacement du groupe hydroxyle, on peut noter l'exemple du désoxyribose.
Acides aldoniques
[modifier | modifier le code]Ils sont formés par une oxydation dite « douce » (exemples d'oxydants doux : le réactif de Tollens ou la liqueur de Fehling) des aldoses et sont caractérisés par l'oxydation du groupe aldéhyde en groupe carboxyle. Exemple : acide gluconique.
Acides uroniques
[modifier | modifier le code]Les acides uroniques sont des aldohexoses dont un groupe acide carboxylique (-COOH) remplace le groupe alcool primaire (-CH2OH, OH du C6) par oxydation. Exemple : acide glucuronique.
Oses complexes
[modifier | modifier le code]On distingue l'acide neuraminique et l'acide muramique :
- l'acide neuraminique est un dérivé de cétose à neuf atomes de carbone résultant d'une crotonisation d'acide pyruvique et de la D-mannosamine ;
- l'acide muramique est formé de la N-acétyl-glucosamine, de l'acide lactique et de la D-alanine.
Acides aldariques
[modifier | modifier le code]Les acides aldariques sont formés par oxydation du groupe aldéhyde en groupe carboxylique et l'oxydation du groupe alcool primaire en fin de chaßne en groupe carboxylique. Pour réaliser cette réaction, il faut un oxydant puissant car le groupe alcool primaire est plus difficile à oxyder que le groupe aldéhyde.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â (en) Nomenclature of carbohydrates, sur qmul.ac.uk.
- â « animation mĂ©canisme cyclisation du glucose »(Archive.org âą Wikiwix âą Google âą Que faire ?).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « 08.01.Q03 : Les sucres, saccharides, glucides, hydrate de carbone, oses⊠De quoi parle-t-on ? », sur academie-agriculture.fr (consulté le )
- Cours sur les glucides [PDF], sur sites.univ-provence.fr
- (en) Nomenclature des sucres, sur chem.qmul.ac.uk

