La politique du Bhoutan s'inscrit dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle régie par une Constitution dotée d'un parlement élu. Le système politique actuel existe depuis la promulgation de la Constitution du Bhoutan en 2008. Le pouvoir exécutif est partagé entre le gouvernement et le Druk Gyalpo, c'est-à-dire le Roi du Bhoutan. Le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement, et les deux chambres du parlement, l'Assemblée nationale et le Conseil national.
Historique
Instauration de la démocratie
Entre 1907 et 2008, le Bhoutan est une monarchie absolue dirigé par un Druk Gyalpo, ou Roi Dragon. De 2001 à 2005 cependant le Roi Jigme Singye Wangchuck met en place un projet de constitution faisant du pays une monarchie constitutionnelle, et abdique le en faveur de son fils Jigme Khesar Namgyel Wangchuck. Des représentants des 20 Dzongkhags du pays travaillent au projet de constitution, qui prévoit que le Roi demeure le chef de l’État mais que le nouveau parlement bicaméral puisse le destituer par une majorité des deux tiers. En outre le Premier ministre, alors désigné par le Roi, est désormais choisi par l'Assemblée nationale, pour la première fois directement élue par la population[1].
Politique de purification ethnique au sud-Bhoutan
Dans les années 1980, dans l'intention de renforcer l'identité nationale bhoutanaise, la campagne « une Nation, un Peuple » fut lancée afin d'intégrer les groupes ethniques et culturels périphériques dans la société bhoutanaise traditionnelle. L'ancien code de conduite dit Driglam namzha et l'usage de la langue officielle dzongkha furent rendus obligatoires.
À peu près à la même époque, le premier recensement national dans l'histoire du Bhoutan confirma l'existence d'une importante population d'origine népalie au sud du pays. Cette population minoritaire, les Lhotshampas, obtint officiellement la nationalité bhoutanaise en 1958. Néanmoins le gouvernement revint ultérieurement sur cet accord et décida que les Lhotshampas étaient des immigrants illégaux[2]. À la suite de quoi ils furent expulsés du pays par des méthodes qualifiées de purification ethnique, avec des incidents rapportés par des journaux tels que le Washington Post[3].
Pouvoir exécutif
| Fonction | Nom | Depuis le |
|---|---|---|
| Roi | Jigme Khesar Wangchuck | |
| Premier ministre | Tshering Tobgay |
Le Roi

La Constitution consacre l'institution de la monarchie. Le Druk Gyalpo (roi du Bhoutan) est le chef de l'État et le symbole de l'unité du royaume et du peuple bhoutanais (art. 2.1).
Il incarne également le « Chhoe-sid-nyi » (système dual politico-religieux) du Bhoutan, en tant que roi bouddhiste, concentrant ainsi le pouvoir religieux et le pouvoir politique (art. 2.2). Toutefois, bien que la religion officielle soit le bouddhisme, le roi est protecteur de toutes les religions du Bhoutan (art. 3.2).
Le roi est aussi commandant en chef suprême des forces armées du Bhoutan (art. 28.1).
De plus, le roi dispose d'une immunité et n'a pas à répondre de ses actes devant une cour. Sa personne est sacrosainte (art. 2.15). Cependant, la Constitution mentionne que le roi a un mandat de protection et de garant de la Constitution, « dans le meilleur intérêt et pour le bien-être du peuple du Bhoutan » (art. 2.18). En outre, la Constitution prévoit, dans l'éventualité où le roi violerait la Constitution, des procédures d'abdication forcée (art. 2.20).
Le Premier ministre et son gouvernement
Le roi doit accorder au chef de file des députés du parti majoritaire à l'Assemblée nationale le titre de Premier ministre (art. 17.1). Le Premier ministre n'a pas le droit d'exercer plus de deux mandats (art. 17.2). Les ministres composant le Lhengye Zhungtshog (conseil des ministres) sont nommés par le roi sur proposition du Premier ministre (art. 17.3). Tous les membres du gouvernement (Premier ministre compris) doivent être élus à l'Assemblée nationale et être nés citoyens du Bhoutan (art. 17.4).
Il y a actuellement 9 ministères au Bhoutan[4] :
- Ministère de l'Agriculture et de l'Élevage
- Ministère des Affaires intérieures
- Ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur
- Ministère de la Santé
- Ministère de l'Industrie, du Commerce et de l'Emploi
- Ministère de l'Infrastructure et du Transport
- Ministère de l'Education et du développement des compétences
- Ministère des Finances
- Ministère de l'Energie et des Ressources Naturelles
Pouvoir législatif

Le pouvoir législatif au Bhoutan est détenu par le parlement bicaméral du pays, composé de l'Assemblée nationale et du Conseil national (art. 10).
Assemblée nationale
L'Assemblée nationale (Gyelyong Tshogdu) est la chambre basse du parlement (art. 12). Elle est composée de 47 sièges pourvus pour cinq ans via une forme modifiée du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. C'est la seule élection du pays où les candidats sont autorisés à appartenir à un parti politique. Les partis présentent des candidats dans chaque circonscription au premier tour, mais celui-ci n'a qu'un rôle de primaire, et seuls les deux partis arrivés en tête au niveau national peuvent se présenter au second tour, qui fait office de réelle élection. Les candidats arrivés en tête dans leurs circonscription au second tour sont déclarés élus[5].
Les dernières élections législatives ont eu lieu le et . Le Parti démocratique populaire (PDP) remporte 30 sièges et le Parti tendrel du Bhoutan (BTP) obtient quant à lui les 17 sièges restants.
Conseil national
Le Conseil national (Gyelyong Tshogde) est la chambre haute du parlement (art. 11). Elle est composée de 25 sièges. 20 membres sont élus pour cinq ans via un scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il est interdit aux candidats d'être membre d'un parti politique. Les 5 autres membres sont choisis par le Druk Gyalpo (roi).
Les dernières élections législatives ont eu lieu le et . En 2023, il y a eu 89 candidats contre 121 en 2018. Une femme a été élue et deux ont été nommées par le roi[6].
Pouvoir judiciaire
Le système juridique du Bhoutan repose sur des codes établis par Shabdrung Ngawang Namgyal au XVIIe siècle et influencé par la common law anglo-indienne. Depuis 2008 et l'établissement de la constitution du royaume, le pouvoir judiciaire comprend (art. 21.2) :
- Vingt tribunaux de dzongkhag (en), tribunaux civils et pénaux de première instance (dans les districts comportant des sous-districts, les tribunaux de première instance sont les tribunaux de dungkhag (en)),
- La Cour Royale de Justice (en), tribunal de seconde instance et cour d'appel (art. 21.14),
- La Cour suprême, tribunal de dernière instance également en charge de l'interprétation et de la révision de la Constitution du royaume du Bhoutan (art. 21.3 à 21.13).
Politique locale
Les dzongkhags, les thromdes et les gewogs disposent tous d'un gouvernement local, instaurés par la loi sur les gouvernements locaux de 2009 (en).
Gewogs
Les gewogs sont administrés par des Gewog Tshogde (conseils de gewog) composés de sept à dix élus (Tshogpas) parmi lequel un chef de gewog (Gup) et son adjoint (Mangmi). Ces conseils sont chargés notamment de réguler l'implantation des habitations au sein du gewog en préservant l'architecture traditionnelle, de gérer l'exploitation minière et forestière, et de contrôler la distribution d'eau potable et d'eau pour l'irrigation des terres cultivées.
Municipalités
Les thromdes sont administrés par des Thromde Tshogde (conseils de municipalité) composés de sept à dix élus, parmi lequel un maire (Thrompon). Ce conseil est habilité à réglementer la publicité, à faire respecter les règles de santé et de sécurité publiques et à prélever des taxes sur les terrains, les propriétés et les transferts de propriété (taxe de vente). Ils est également autorisé à prélever des taxes spéciales sur les terrains vacants et sous-développés pour encourager le développement et à lever et dépenser de l'argent pour promouvoir le développement économique local.
Districts
Chaque district est administré par un Dzongkhag Tshogdu (conseil de district), composé des Gups et des Mangmis de chaque gewog du district, ainsi que des Thrompons. Ce conseil est chargé de promouvoir le développement socio-économique de leur territoire, de protéger les citoyens via l'application des règlements sur la consommation et sur la santé, de protéger la culture et le patrimoine, et de soumettre des motions ainsi que des pétitions au parlement.
Chaque district comporte en outre un gouverneur (Dzongdag), nommé par le roi, qui représente l'exécutif à l'échelle du district.
Bonheur national brut
Le bonheur national brut (en dzongkha : རྒྱལ་ཡོངས་དགའ་སྐྱིད་དཔལ་འཛོམས་) est un indice servant au gouvernement du Bhoutan à mesurer le bonheur et le bien-être de la population du pays. Inscrit dans la constitution promulguée le 18 juillet 2008, il se veut une définition du niveau de vie en des termes plus globaux que le produit national brut. Préconisé par le roi du Bhoutan, Jigme Singye Wangchuck, en 1972, cet indice a pour objectif de guider l'établissement de plans économiques et de développement pour le pays tout en respectant les valeurs spirituelles bouddhistes.
Notes et références
- ↑ « Gyelyong Tshogde (Conseil national) : Elections en 2007 », sur ipu.org (consulté le ).
- ↑ Pierre Prakash, « Népal : les réfugiés oubliés du Bhoutan », Libération, (lire en ligne
, consulté le ).
- ↑ (en) John Ward Anderson et Molly Moore, « 'Ethnic cleansing' charges echo in himalayan Bhutan », The Washington Post, (lire en ligne
)
- ↑ (en) « Meet the cabinet minister-elects of fourth democratically elected government », BBS, (lire en ligne
)
- ↑ « Tshogdu (Assemblée nationale) : Texte intégral », sur ipu.org (consulté le ).
- ↑ « Bhutan National Council April 2023 | Résultats des élections | Bhoutan », sur Parline: plateforme de données ouvertes de l’UIP (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie
- (en) Lyonpo Om Pradhan, Bhutan. The roar of the thunder dragon: a new perspective on the history, politics and diplomacy of the Himalayan Kingdom of Bhutan, Thimphou, K Media, , 276 p. (ISBN 978-9-9936-8330-8)
- (en) Madhu Rajput (dir.), Bhutan : from theocracy to democracy, Jaipur, Gauttam Book Co., , 220 p. (ISBN 978-9-3803-2800-3)
Filmographie
- Bhoutan, naissance d'une démocratie, film documentaire de Frédéric Compain, ADAV, Paris, 2011 (cop. Via Découvertes, 2008), 52 min (DVD)
Articles connexes
- Bhoutan : culture, démographie (0,8 M en 2025), économie, histoire
- Droit bhoutanais
- Constitution du Bhoutan (2008)
- Bonheur national brut (BNB, 2008)
- Assemblée nationale (Bhoutan)
- Conseil national (Bhoutan)
- Partis politiques du Bhoutan
- Corruption au Bhoutan (en) (minime)
Liens externes
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) « The Constitution of The Kingdom of Bhutan »
[PDF], sur dlgdm.gov.bt, . 
- (dz + en) « The Local Government Act of Bhutan 2009 »
[PDF], sur dlgdm.gov.bt, . 
