La doctrine de l'Église catholique sur l'œcuménisme a été redéfinie à partir de Jean XXIII et du concile Vatican II (1962-1965).
Auparavant, l'œcuménisme et la recherche de l'unité des chrétiens étaient subordonnés à l'idée que l'Église catholique se définissait elle-même comme la seule véritable Église, une, sainte, catholique et apostolique, fondée par le Christ lui-même. Cette doctrine est constamment réaffirmée par le Magistère romain jusqu'à l'encyclique Mortalium animos (1928), où Pie XI condamne sans appel toute tentative de dialogue interreligieux qui ne viserait pas à réintégrer les autres confessions chrétiennes au sein du catholicisme. Jusqu'à Vatican II, le dialogue avec les autres confessions chrétiennes a pour objectif de les persuader de revenir à une unité qu'elles ont elles-mêmes brisée, c'est-à-dire de se soumettre à l'autorité du pape.
Au cours de l'entre-deux-guerres, sous l'impulsion de plusieurs représentants de la Nouvelle Théologie, l'œcuménisme catholique prend comme point de départ l'idée que le Christ n'a fondé qu'une seule Église, divisée par la suite entre plusieurs confessions. Par conséquent, il devient nécessaire que, par la prière, l'étude et le dialogue, les communautés historiquement séparées puissent se réunir.
Les textes les plus significatifs à cet égard, publiés par le concile Vatican II, sont Unitatis Redintegratio (sur l'œcuménisme) et Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse). L'engagement œcuménique de l'Église catholique a ensuite été confirmé par l'encyclique Ut unum sint de Jean-Paul II (1995).
Toutefois, l'Église catholique ne fait pas partie du Conseil œcuménique des Églises (COE), fondé en 1948, où elle n'a qu'un statut d'observateur. Elle y participe à divers groupes de travail depuis 1964. Notamment, le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, créé par Jean XXIII en 1960, est en relation avec le COE de façon régulière. Il est présidé par Kurt Koch, qui a succédé en 2010 à Walter Kasper.
Histoire
Rome et l'Orient
Le détournement de la IVe croisade à l'instigation des Vénitiens, le sac de Constantinople (1204) et la création de l'empire latin d'Orient entraînent une méfiance durable entre les deux sphères de la chrétienté.
Pourtant, dès la reconquête de Constantinople, Michel VIII Paléologue tente de protéger son royaume contre les entreprises de Charles d’Anjou, roi de Sicile. Il essaie de rétablir de bons rapports avec la papauté en acceptant une union des deux Églises. Porteurs d’une lettre du basileus, les Grecs lisent au concile de Lyon le symbole de Nicée, avec la mention occidentale et controversée du Filioque, chanté trois fois. Le concile est apparemment un succès, mais sans fournir de solution au schisme. Au retour, les théologiens byzantins refusent tant le Filioque que la primauté pontificale.
Lors le concile de Pise de 1409, alors même que le Grand Schisme d'Occident n’est pas encore résolu, des théologiens se demandent à nouveau comment mettre fin à la séparation entre christianisme d’Orient et d’Occident.
Au concile de Florence de 1439, les Grecs, soumis à une forte poussée turque qui menace d'emporter Constantinople, demandent assistance à l’Occident. Ils acceptent la doctrine romaine du Filioque ainsi que la primauté du pape. Leurs motivations ne sont pas uniquement politiques : nombre de théologiens byzantins, de l’Église des sept conciles, se montrent soucieux de restaurer l’unité avec l’Église latine. Un décret d’union est signé le . Une fois rentrés à Constantinople, ni l’empereur, ni le patriarche non plus que les autres membres de la délégation ne parviennent à faire accepter ces concessions. Les Églises orthodoxes non byzantines refusent cet accord. De leur côté, les Occidentaux ne portent pas de secours efficace à Constantinople, qui tombe aux mains des Turcs en 1453.
Le concile de Florence adopte différents accords avec plusieurs Églises orientales :
- , bulle Laetentur caeli consacrant l’union avec l’Église grecque de Constantinople
- , décret Exsultate Deo qui ne s'applique qu'aux Arméniens soumis au Catholicos de Sis en Cilicie. Le décret pro Armenis, fait partie d’une série d’actes similaires promulgués, par Eugène IV
- Après la translation du concile au Latran, Multa et admirabilia les Syriens monophysites de Mésopotamie signent leur adhésion
- , Cantate Domino ce sont les jacobites monophysites d’Alexandrie et de Jérusalem
- , Benedictus s'applique aux les Chaldéens et aux Maronites.
Multa et admirabilia et Benedictus sont beaucoup plus courts. Leur partie doctrinale renouvelle les enseignements déjà donnés : la double nature du Christ et la Trinité, le Filioque et la primauté pontificale.
Faute de base populaire en Orient, ces tentatives d'union restent sans lendemain et donnent lieu à des schismes dans les Églises réunissant ceux qui n'acceptent pas d'abandonner le monophysisme, le monothélisme ou le miaphysisme.
Réforme et Contre-Réforme
Les premiers réformateurs protestants (Luther, Melanchthon, Bucer) tentent par la Concorde de Wittemberg (1536) d'atténuer les différences doctrinales entre Églises évangéliques, mais ils ne peuvent concilier leur point de vue avec celui des anabaptistes sur l'eucharistie, et la question de la transsubstantiation finit par entraîner la dissidence calviniste. La Réforme protestante et son cortège de guerres de Religion maintiennent l'Occident dans ses frontières. Ces guerres instaurent, toutefois, par exemple à la paix d'Augsbourg de 1555, un nouveau mode de compréhension du territoire canonique, résumé dans le précepte latin Cujus regio, ejus religio et doit se comprendre par « liberté de religion pour le prince qui peut l'imposer à ses sujets ». Ce principe présidera à l'uniatisme développé tout au long du siècle en Europe orientale, comme aux diverses vagues de la colonisation[1].
Le XVIIe siècle voit naître cependant plusieurs projets de réconciliation dont la correspondance entretenue pendant 11 ans entre l'évêque catholique Bossuet et le philosophe luthérien Leibniz est un exemple. Il s'agit d'une discussion de bon ton pour laquelle ni l'un ni l'autre n'ont reçu de mandat officiel[2].
Églises d'Orient et « uniatisme »
Au cours de l’histoire, certaines Églises ou portions d’Églises d’Orient se sont unies à l’Église catholique, pour des raisons diverses et dans des conditions souvent controversées. Le terme « uniate » a longtemps servi à désigner ces Églises catholiques d’Orient, mais a pris une connotation péjorative[3].
Ce qui est souvent qualifié d'« uniatisme » reste une plaie dans les relations entre le christianisme orthodoxe et le Vatican. L'existence de l'Église gréco-catholique de Biélorussie a été l’un des principaux obstacles à la venue de Jean-Paul II en Russie[4].
« Le phénomène gréco-catholique est depuis toujours perçu par les orthodoxes comme une agression et le déni de leur ecclésialité, comme s'ils n'étaient pas reconnus par l'Église latine en tant que pleinement chrétiens » (Olivier Clément)[5]. L'« uniatisme » est compris par les orthodoxes comme une prédation de l’Église latine.
Du XIXe au XXe siècle
L’« unionisme » catholique au XIXe siècle
Les papes n’ont jamais perdu de vue l’unité de la chrétienté, dont ils estiment avoir la charge. Le XIXe siècle, en particulier, est la grande époque de l’intransigeantisme qui enjoint aux confessions séparées de retourner à l’unité romaine. D'un autre côté, Pie IX invite les évêques grecs et autres orientaux, à participer au Ier concile du Vatican (1869-1870), celui où sera proclamée l'infaillibilité pontificale. La constitution Pastor Æternus affirme aussi la primauté pontificale et l'autorité directe du pape sur tous les fidèles. Ces propositions se heurtent, de façon assez cohérente avec la collégialité orthodoxe, à une fin de non-recevoir.
Le pape Léon XIII, surtout, est le chantre de l’unionisme. Il encourage la prière pour l’unité des chrétiens, sous forme de neuvaine préparatoire à la Pentecôte. Dans l’encyclique Satis cognitum (1896), sorte de charte de l’unionisme, et dans 35 autres documents consacrés à la cause de l’unité chrétienne, il invite les catholiques à la plus grande charité envers tous les chrétiens, et plus largement envers tous les hommes de bonne volonté.
L’encyclique Mortalium animos de Pie XI
Le magistère romain a constamment manifesté une grande réticence à l’égard des assemblées œcuméniques, soupçonnées de « panchristianisme ». Dans l'encyclique Mortalium animos (1928), Pie XI interdit absolument aux catholiques d’y participer. « Ce Siège Apostolique n’a jamais autorisé ses fidèles à prendre part aux congrès des non-catholiques : il n’est pas permis, en effet, de procurer la réunion des chrétiens autrement qu’en poussant au retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ puisqu’ils ont eu jadis le malheur de s’en séparer[6]. » Cette encyclique, qui répond à l'invitation faite pour les travaux de la commission œcuménique Foi et Constitution[7], revient à dire qu’il ne saurait y avoir de véritable œcuménisme que par la réintégration des Églises issues de la Réforme dans le sein de l'unique véritable Église.
Ainsi l'Église catholique n'a envisagé l'œcuménisme qu'à partir de 1928, et sans s'intégrer dans le mouvement en cours dans les milieux protestants.
La préparation de Vatican II
Cependant, du côté catholique, les efforts en vue de l’unité chrétienne se multiplient à partir des années 1920. On peut citer les « conversations de Malines », à l’initiative du cardinal Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles, de Lord Halifax (anglican) et du père Fernand Portal (lazariste), de décembre 1921 à avril 1925, entre des théologiens anglicans et catholiques.
En 1935, c'est le début à Lyon de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, à l’initiative de l'abbé Paul Couturier. Ce sont en 1937 les premiers jours du groupe des Dombes.
Ce sont encore les travaux pionniers de certains théologiens catholiques : les Français Henri de Lubac et Yves Congar[8], l’Allemand Karl Adam entre autres.
L’instruction du Saint-Office Ecclesia catholica, parue le , juge que le désir de l’unité relève d’une « inspiration de la grâce du Saint-Esprit ». Elle affirme le devoir des évêques de s’en préoccuper et prévoit une participation catholique aux conférences œcuméniques sous la responsabilité de l’ordinaire du lieu.
Le concile Vatican II et ses suites
Un élan nouveau
Il fallut attendre l’élection du pape Jean XXIII (en 1958) et l’annonce du concile Vatican II (1962-1965) pour voir l’Église catholique s’engager pleinement dans l’aventure du mouvement œcuménique. Des observateurs non catholiques furent invités au concile. Un Secrétariat pour l’unité des chrétiens était créé, qui deviendra Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens sous Jean-Paul II. Le concile promulgua des documents majeurs pour l’œcuménisme : Unitatis Redintegratio (décret sur l’œcuménisme) ; Nostra Ætate (sur les religions non chrétiennes) ; Dignitatis humanae (sur la liberté religieuse).
Les successeurs de Jean XXIII, soit à Rome, soit au cours de leurs nombreux voyages à travers le monde, ont multiplié les contacts avec les dirigeants des autres Églises. Les conférences épiscopales sont membres des Conseils d’Églises, qui se sont formés dans la plupart des pays. Les fidèles catholiques eux-mêmes participent pleinement aux travaux, ainsi qu’aux prières, des congrès interconfessionnels et des rencontres œcuméniques.
Les catholiques intégristes
Certains catholiques contestent le concile Vatican II, soit pour des raisons doctrinales (reconnaissance de la liberté religieuse par le concile, œcuménisme), soit en raison de leur attachement à la célébration en latin et selon le missel romain de Pie V. Une de leurs têtes de file, Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X rompt avec Rome en 1988 en ordonnant des évêques sans l'autorisation du pape ; il sera par là même excommunié latae sententiae), excommunication qui sera levée en 2009.
Benoît XVI et le pape François ont cherché, en donnant diverses autorisations, notamment en matière de liturgie, à rétablir l’unité avec certains fidèles et prêtres traditionalistes.
Dialogues œcuméniques

Depuis 1937, il existe un dialogue non officiel entre des théologiens catholiques et protestants francophones, fondé par Paul Couturier (1881-1953) et quelques pasteurs réformés suisses. En 1942, ce groupe prit le nom de groupe des Dombes. Il a publié, depuis, un certain nombre de rapports de haute valeur comme « Un seul maître » - L'autorité doctrinale dans l'Église en 2006[9]. La méthode est le « consensus différencié » où chacun expose sa foi dans un souci de spécificité pour « entrer dans le point de vue de son frère, pour le mieux comprendre dans sa cohérence et pour s'en enrichir »[10].
En 1964, c'est la fameuse rencontre à Jérusalem entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras de Constantinople[11], et le la levée des excommunications réciproques du XIe siècle, comme « geste de justice et de pardon réciproque[12] ».
En 1966, c'est la rencontre entre l’archevêque de Canterbury Michael Ramsey et le pape Paul VI, et la création de la Commission internationale anglicane-catholique romaine (ARCIC). Ces dialogues entre l’anglicanisme et l’Église catholique romaine ont produit des accords doctrinaux assez remarquables. À savoir ARCIC-I : « La doctrine eucharistique » en 1971, « Ministère et ordination » en 1973, « L’autorité dans l’Église I » en 1976, « L’autorité dans l’Église II » en 1981. Puis ARCIC-II : « Le Salut et l’Église » en 1986, « L’Église comme communion » en 1990, « La vie en Christ : morale, communion, Église » en 1993, « Le don de l’autorité. L’autorité dans l’Église III » en 1999 et enfin « Marie : Grâce et espérance dans le Christ » en 2005[13].
Dès 1964, se met en place un processus de constitution d'un « Groupe mixte de travail » entre le l'Église catholique romaine et Conseil œcuménique des Églises (dont l'Église catholique ne fait pas partie). Ce groupe a, entre autres, publié en 2005 une étude sur la nature et objet du dialogue œcuménique[14]. Depuis 1968, l'Église catholique romaine est membre à part entière de la Commission de Foi et constitution.
En 1969, Paul VI va rencontrer le Conseil œcuménique des Églises.
En 1982, c'est à l'initiative de la commission Foi et constitution du Conseil œcuménique des Églises, l'important document « Baptême, Eucharistie, Ministère » (dit de Lima), auquel des théologiens catholiques ont participé et qui a eu de larges échos au sein des diverses Églises. « Ce célèbre texte, adopté par la Commission plénière Foi et constitution lors de sa réunion de Lima (Pérou) en 1982, fait le point sur l'accord toujours plus grand – et les différences qui subsistent – dans des domaines fondamentaux de la foi et de la vie des Églises. Document le plus largement diffusé et étudié de Foi et constitution, le BEM a servi de base à de nombreux accords de « reconnaissance mutuelle » entre Églises, et il demeure une référence aujourd'hui encore[15]. »
En 1999, l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale ont signé à Augsbourg la « Déclaration commune sur la Doctrine de la justification[16] », fruit de plus de trente années de dialogue et qui met pratiquement fin à une controverse qui durait depuis la Réforme. En 2013 est publié par la Commission luthérienne-catholique pour l'unité, le document « Du conflit à la communion : commémoration commune luthérienne-catholique en 2017 », dans le cadre de la célébration du 500e anniversaire de la Réforme, et du 50e anniversaire du dialogue entre luthériens et Catholiques (2017).
Il existe de même des dialogues bilatéraux entre l'Église catholique et d'autres Églises protestantes, notamment avec le Conseil Méthodiste Mondial, l'Alliance Reformée Mondiale et l'Alliance Baptiste Mondiale[17].
Il importe aussi de signaler un nombre important d’accords doctrinaux entre l’Église catholique et les vieilles Églises non chalcédoniennes d’Orient.
Situation actuelle
Difficultés persistantes
Le dialogue entre l'Église orthodoxe et l'Église catholique est dans une impasse en ce qui concerne « l'uniatisme ». La session de Balamand en 1993 s'est conclue sur un désaccord[18]. La Commission ne s'est réunie que quelques années plus tard, à Baltimore en 2000[19], mais les difficultés perdurent[20]. En 2004, c'est la déclaration commune du pape Jean-Paul II et du patriarche œcuménique Bartholomée Ier de Constantinople, où ils indiquent que, malgré certains problèmes et malentendus récents, « la longue pratique du "dialogue de la charité" nous aide précisément en ces circonstances, afin que les difficultés puissent être affrontées avec sérénité et ne ralentissent ni obscurcissent le chemin entrepris vers la pleine communion dans le Christ[21]. »
La question du Filioque continue de diviser Églises catholique et orthodoxe. Est en cause l'introduction du Filioque dans le credo occidental (L’Esprit qui procède du Père et du Fils), qui fut proposée sous le règne de Charlemagne, et faite de manière unilatérale dans le Credo romain au XIe siècle. Très mal perçue par les Églises d’Orient, c’est un lieu de discorde depuis lors.
En 2000, la déclaration Dominus Jesus[22], de la congrégation pour la doctrine de la foi, insiste fortement sur l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ et de son Église. Elle fut écrite à l’initiative du cardinal Joseph Ratzinger et du secrétaire de la congrégation pour la doctrine de la foi Tarcisio Bertone. Elle fut très mal reçue dans les milieux œcuméniques, notamment du fait que les communautés ecclésiales issues de la Réforme n’étaient pas considérées comme des Églises au sens propre du terme, et à cause d’une interprétation assez restrictive des textes du concile concernant l’œcuménisme[23].
La question de l'hospitalité eucharistique fait souvent également débat. Les Églises protestantes admettent généralement facilement les autres chrétiens à la communion, tandis que les Églises catholique et orthodoxe sont très restrictives, une même communion dans les sacrements supposant selon leur doctrine une même communion dans la foi[24]. La période actuelle, où les principes sont réaffirmés avec fermeté, déçoit les milieux œcuméniques protestants, qui attendaient plus d'ouverture dans la suite du concile Vatican II[25].
Bilan
Dans son encyclique Ut unum sint, le pape Jean-Paul II a affirmé l'engagement œcuménique irréversible de l'Église catholique, « à l'écoute de l'Esprit du Seigneur qui apprend à lire attentivement les signes des temps »[26]. Il ajoute : « L'Église catholique reconnaît et confesse les faiblesses de ses fils, consciente que leurs péchés constituent autant de trahisons et d'obstacles à la réalisation du dessein du Sauveur[26]. »
Cependant, l'élan œcuménique semble marquer une forme d'essoufflement, associée à la lenteur des progrès dans la voie de l'unité des chrétiens.
En , quelques mois après sa nomination à la tête de Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, l'évêque Kurt Koch a dressé un bilan des divergences persistantes avec le protestantisme. Il leur reproche d'avoir abandonné l'objectif originel du mouvement œcuménique, c'est-à-dire la recherche d'une unité visible permettant une véritable communion. Selon lui, les courants issus de la Réforme, mais aussi certains catholiques, cherchent à promouvoir une vision ecclésiologique marquée par le relativisme, et se bornant à la recherche de liens d'intercommunion entre Églises séparées. À cette occasion, le prélat réaffirme également la doctrine catholique : l'Église de Jésus-Christ est déjà une réalité existante en soi et qu'elle subsiste dans l'Église catholique[27].
Une difficulté particulière du dialogue œcuménique est que l'Église catholique soutient plusieurs points doctrinaux qui lui font envisager un tel dialogue de façon dissymétrique. Le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, affirme ainsi que « L'objectif de l'œcuménisme est l'union avec l'Église catholique ». De même, s'il reconnaît que par un tel dialogue, l'Église catholique se trouve enrichie, il rappelle que selon la doctrine catholique rappelée par le décret conciliaire Unitatis Redintegratio, l'Église dispose déjà de la plénitude des moyens du salut :
« Quand je parle d'enrichissement, je ne me réfère pas à des ajouts d'éléments essentiels de sanctification et de vérité à l'Église catholique. Le Christ lui a donné tous les éléments fondamentaux. Je me réfère à un surplus de moyens d'expression de ces éléments essentiels, des moyens qui font que chacun n'en apprécie que plus les trésors inépuisables que l'Église a reçus de son divin fondateur[28] ».
Notes et références
- ↑ Henri CHAMUSSY, Les stratégies spatiales de l'Église catholiqueInstitut de géographie alpine, université Joseph-Fourier, Grenoble, Groupe Dupont, TEO (U.M.R. 5038)
- ↑ François Gaquere, Bossuet-Leibniz, le dialogue irénique, la réunion des Églises en échec, 1692-1701, Beauchesne.
- ↑ Le pape Jean-Paul II en Ukraine, Dieu pourra-t-il écrire droit avec des lignes courbes ?, juin 2001.
- ↑ « Cette dernière question, celle du primat de l'évêque de Rome, qui est quasiment le seul point de divergence entre les Églises orthodoxes et l'Église catholique romaine. Les fortes tensions catholico-orthodoxes au sujet des Églises uniates comme les résistances orthodoxes à face à la création de diocèses catholiques en Russie manifestent paradoxalement la proximité "d'Églises sœurs". [...] L'Église orthodoxe se conçoit comme Église "universelle" ("catholique") dans un territoire donné, elle a du mal à digérer la pluralisation du christianisme en terre traditionnellement orthodoxe et défend son territoire canonique. C'est pourquoi la question des Églises uniates comme Églises orientales en communion avec Rome constitue un fait difficile à assumer dans la logique orthodoxe » in Les transformations de l'autorité religieuse, ouvr. collectif, Association française de sciences sociales des religions, éd. L'Harmattan, Paris, 2004, p. 60.
- ↑ Olivier Clément, théologien orthodoxe français, cité par Le pape Jean Paul II en Ukraine, Dieu pourra-t-il écrire droit avec des lignes courbes ?, juin 2001.
- ↑ Cf. Mortalium animos, Lettre encyclique sur l'unité véritable de l'Église sur le site du Vatican.
- ↑ Mémoires de Visser 't Hooft.
- ↑ Son livre Chrétiens désunis lui valut bien des problèmes, racontés en détail dans son Journal d'un théologien 1946-1954, publié au Cerf en 2000.
- ↑ « Un seul maître » - L'autorité doctrinale dans l'Église, Paris, Bayard, 2006.
- ↑ C'est ainsi que le traduit l'École théologique du Soir
- ↑ Cf. La rencontre sacrée à Jérusalem par Aristide Panotis
- ↑ Par la Déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras exprimant leur décision d'enlever de la mémoire et du milieu de l'Église les sentences d'excommunication de 1054, qui fut lue en session solennelle du IIe concile du Vatican par Mgr J. Willebrands. En même temps, elle était lue par le secrétaire du Saint Synode, dans l'église du Phanar. Cf. le texte de la déclaration commune.
- ↑ Cf. Dialogues bilatéraux au niveau mondial.
- ↑ Nature et objet du dialogue œcuménique, Une étude du Groupe Mixte de Travail entre l’Église Catholique et le COE (2005).
- ↑ Cf. Baptême, Eucharistie, Ministère (document de Foi et constitution no 111, « texte de Lima »).
- ↑ Cf. La Doctrine de la justification, Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et de l'Église catholique
- ↑ Cf. la liste des dialogues bilatéraux entre l'Église catholique et d'autres Églises.
- ↑ Cf. Dialogue entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe, BALAMAND (1993), après le Service orthodoxe de Presse.
- ↑ Dialogue entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe, BALTIMORE (2000), après le Service orthodoxe de Presse.
- ↑ Cf. Les Églises-Sœurs en dialogue.
- ↑ Cf. déclaration commune du pape Jean-Paul II et du patriarche Œcuménique Bartholomaios I.
- ↑ Déclaration "Dominus Iesus" sur l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ et de l'Église.
- ↑ Cf. par exemple Intervention du pasteur Jean-Arnold de Clermont devant les évêques catholiques, à Lourdes, en novembre 2000.
- ↑ Cf. par exemple, Première réaction à l’Encyclique de Jean-Paul II, par le pasteur Gill Daude, Service œcuménique, FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE.
- ↑ Par exemple, le pape Jean-Paul II dans Ecclesia de Eucharistia envisage l'hospitalité eucharistique pour les orthodoxes, mais entourée d'un luxe de précautions qui revient, selon certains[Qui ?], à demander une conversion pure et simple au catholicisme.
- Cf. Ut unum sint, 25 mai 1995.
- ↑ (en) Robert Mickens, Christa Pongratz-Lippitt, Koch says Protestants have rejected real purpose of ecumenism, The Tablet, 20 novembre 2010
- ↑ Le monde aspire à une unité symphonique, intervention du cardinal Levada rapportée par l'agence ZENIT.
Articles connexes
- Œcuménisme
- Vatican II
- Communicatio in sacris
- Conseil œcuménique des Églises
- Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens
- Groupe des Dombes
- Théologie catholique
Liens externes
- Yves Congar, Chrétiens désunis - Principes d'un « œcuménisme » catholique, nouvelle version, corrigée et inédite, 1937-2003
- Yves Congar, L'Église, De saint Augustin à l'époque moderne, Paris, Cerf, 1997
- André de Halleux, « Les principes catholiques de l'œcuménisme. Quelques réflexions », Revue théologique de Louvain, 1985 16-3, p. 316-350, lire en ligne
- Walter Kasper, L'engagement œcuménique de l'Église catholique, à l'occasion de l'Assemblée générale de la Fédération protestante de France des 23-24 mars 2002 à Paris
- Histoire du mouvement œcuménique, site de la Conférence des évêques de France
- L'Église catholique dans le mouvement œcuménique, site de la Conférence des évêques de France