

Un rift (le terme signifiant en anglais « fissure, crevasse, rupture, dĂ©chirure ») est un fossĂ© dâeffondrement se localisant le long dâune fracture de lâĂ©corce terrestre lors d'un processus d'extension. Le rift est limitĂ© par des bords plus ou moins surĂ©levĂ©s (appelĂ©s Ă©paulements de rift) formant gĂ©nĂ©ralement des gradins correspondant Ă une sĂ©rie de blocs basculĂ©s (horst, graben et demi-graben (en)) le long de failles normales. Les gĂ©ologues distinguent le rift continental, siĂšge de sĂ©ismes et d'une activitĂ© volcanique plus ou moins forte par suite de l'extension de la croĂ»te continentale, et le rift ocĂ©anique prĂ©sent Ă l'axe des dorsales uniquement[1].
DĂšs que les fossĂ©s dâeffondrement deviennent dâĂ©chelle continentale, câest-Ă -dire offrent une longueur de 100 Ă plusieurs centaines ou milliers de km et une largeur de plusieurs dizaines de kilomĂštres, on constate toujours quâĂ leur verticale se produisent des modifications de la croĂ»te continentale et du manteau supĂ©rieur. Les gĂ©omorphologues parlent dans ce cas de rifts[2].
En surface, un rift forme un fossé d'effondrement allongé, dont les dimensions peuvent atteindre quelques dizaines de kilomÚtres de large pour plusieurs centaines de kilomÚtres de long. Cette dépression allongée, appelée vallée de rift, limitée par des failles normales dites failles bordiÚres, est le lieu d'une sédimentation le plus souvent lacustre et d'un volcanisme soutenu.
La sédimentation peut atteindre plusieurs milliers de mÚtres d'épaisseur en fonction de l'intensité de la subsidence. Des incursions marines pendant la période de sédimentation sont parfois observées comme dans le fossé d'effondrement de la Limagne. La formation des rifts est associée, soit dans un stade tardif soit dans un stade précoce (voir rift actif versus rift passif) à l'ouverture de fissures dans lesquelles s'injecte du magma alcalin. Les rifts sont ainsi souvent associés à la formation de grands volcans (par exemple le Kilimandjaro, le long du rift est-africain ou le stratovolcan du Cantal dans le rift du Massif central).
Parce qu'ils sont aussi le lieu de l'amincissement de la lithosphĂšre, les rifts reprĂ©sentent le stade prĂ©coce de la rupture lithosphĂ©rique. Lorsque celle-ci est suffisamment importante, le rift devient une dorsale ocĂ©anique et constitue la limite entre les deux plaques lithosphĂ©riques nouvellement formĂ©es. La dorsale est le lieu oĂč, par refroidissement du magma, se forme la lithosphĂšre ocĂ©anique.
Certains rifts continentaux passent progressivement Ă un processus d'ocĂ©anisation, mais cette Ă©volution peut ĂȘtre contrariĂ©e par l'arrĂȘt de l'extension, les gĂ©ologues parlant de « rift avortĂ© » (c'est-Ă -dire, n'ayant pas abouti Ă la sĂ©paration de deux blocs continentaux). La formation d'un nouvel ocĂ©an commence typiquement en un point triple d'oĂč trois rifts divergent, au-dessus d'un point chaud. Deux de ces rifts Ă©voluent jusqu'Ă l'ocĂ©anisation tandis que le troisiĂšme avorte, devenant ce qu'on appelle un aulacogĂšne.
Le rifting, appelé aussi riftogenÚse ou distension (mouvement d'extension de la lithosphÚre) désigne le processus de formation d'un rift.
Rift continental ou rift océanique
[modifier | modifier le code]Le rift continental, dit aussi intracontinental, se forme sous l'effet de contraintes tectoniques distensives de grande ampleur (rift passif) ou sous l'action de la remontée d'un panache mantellique déterminant un bombement puis un étirement de la lithosphÚre (rift actif). Il est typiquement limité par des épaulements formant généralement des gradins. Ce rifting peut à terme, soit avorter, soit évoluer en rift océanique donnant, par océanisation progressive, un embryon d'océan (typiquement la mer Rouge) puis un océan véritable. La morphologie de la zone active de l'axe des dorsales, ainsi que leur structure globale et le type de mise en place de leurs laves, présentent des différences importantes selon leur ouverture. Les dorsales rapides (divergence de 9 à 16 cm/an) sont larges (jusqu'à 3 000 km) et présentent de part et d'autre de leur partie axiale en forme de dÎme des pentes faibles. Les dorsales lentes (taux d'écartement de 1 à 5 cm/an) sont plus étroites et présentent typiquement une vallée axiale bordée de failles normales (qui a tous les caractÚres du rift continental) large de 10 à 30 kilomÚtres et profonde de 1 à 2 km, les blocs basculés faisant quelques centaines de mÚtres ou kilomÚtres. Les dorsales intermédiaires (divergence de 5 à 9 cm/an) présentent généralement à leur sommet un plateau axial[3],[4].
Rift actif ou rift passif
[modifier | modifier le code]La lithosphĂšre continentale est composĂ©e dâune partie supĂ©rieure de 30 km en moyenne, peu dense, la croĂ»te de composition globalement granitique, et dâune partie infĂ©rieure de 100 km trĂšs dense, constituĂ©e de pĂ©ridotite (roche du manteau). Lâensemble est appelĂ© la lithosphĂšre et constitue la plaque proprement dite qui se dĂ©place sur du manteau dĂ©formable dĂ©nommĂ© asthĂ©nosphĂšre.
Lâamincissement de cette lithosphĂšre, câest-Ă -dire la formation dâun rift, peut se produire Ă la suite de deux mĂ©canismes fondamentaux distincts : le rifting actif ou passif[5]. LâĂ©volution tectonique est alors trĂšs diffĂ©rente suivant lâun ou lâautre de ces deux modes dâamincissement.
Un rift actif rĂ©sulte de lâascension dâun panache mantellique qui atteint la lithosphĂšre et forme des chambres magmatiques en des lieux appelĂ©s points chauds. Comme un gigantesque chalumeau situĂ© Ă lâaplomb de la plaque et qui lâamincit par en dessous (phĂ©nomĂšne appelĂ© Ă©rosion thermique), cette ascension provoque dans un premier temps un soulĂšvement topographique marquĂ©, dont les causes essentiellement thermiques, ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© modĂ©lisĂ©es numĂ©riquement. Si le volcanisme peut ĂȘtre synchrone de ce bombement en liaison avec la dĂ©compression de l'asthĂ©nosphĂšre, l'extension de la lithosphĂšre n'apparaĂźt qu'ensuite, comme une consĂ©quence de ce soulĂšvement. Il en rĂ©sulte que la sĂ©dimentation est tardive dans l'Ă©volution gĂ©nĂ©rale du systĂšme. L'Ă©volution tectonique classique associĂ©e Ă ce mode de rifting correspond Ă la suite chronologique : 1. soulĂšvement et volcanisme puis 2. extension, formation des fossĂ©s dâeffondrement et sĂ©dimentation.
Ă l'inverse, un rift est dit passif lorsque lâextension rĂ©sulte de forces trouvant leur origine aux limites de la plaque tectonique. Celle-ci sâĂ©tire alors horizontalement comme un chewin-gum, ce qui provoque d'abord en surface des fossĂ©s dâeffondrement (grabens) qui se comblent de sĂ©diments et oĂč le volcanisme est gĂ©nĂ©ralement absent. Ce n'est que dans un second temps qu'un soulĂšvement d'origine thermique et un volcanisme concomitant se produit. L'Ă©volution tectonique classique associĂ©e Ă ce mode de rifting correspond alors Ă la suite chronologique : 1. extension et sĂ©dimentation puis 2. soulĂšvement et volcanisme. Des exemples de rift passif sont le graben du Rhin, le lac BaĂŻkal ou le rift du Rio Grande.
En rĂ©alitĂ©, les rifts prĂ©sentent des configurations intermĂ©diaires entre ces deux extrĂȘmes, si bien que la distinction est difficile entre rifts actifs et passifs, et reste encore sujette Ă dĂ©bats[6].

Sur cette figure tirĂ©e d'une publication d'Olivier Merle et de Laurent Michon est schĂ©matisĂ©e Ă gauche le premier stade dâun rift actif : soulĂšvement et volcanisme en surface. Lâamincissement est liĂ© Ă lâarrivĂ©e sous la plaque tectonique (ou lithosphĂ©rique) dâun panache mantellique, forte anomalie thermique qui remonte depuis les profondeurs de la terre. Ă droite, est reprĂ©sentĂ© le premier stade dâun rift passif : fossĂ© d'effondrement et sĂ©dimentation en surface. Lâextension est liĂ©e Ă des forces (flĂšches) agissant directement sur la plaque elle-mĂȘme.
Néanmoins, il importe finalement de préciser que le mode de classification en rifts actifs et passifs n'est justement qu'une tentative de classification parmi d'autres plus ou moins récentes, et que de nombreux rifts peuvent rentrer dans les deux catégories à la fois, voire rarement dans aucune en particulier, ce qui peut donc justifier l'abandon des appellations « rift passif » et « rift actif » par une grande partie de la communauté des géologues.
Rift et sédimentation
[modifier | modifier le code]Phase pre-rift
[modifier | modifier le code]Distension et amincissement de la croûte continentale.
Phase syn-rift
[modifier | modifier le code]Déchirure par cisaillement oblique et failles listriques, subsidence tectonique rapide, blocs basculés.
Phase post-rift
[modifier | modifier le code]Création de nouvelle croûte océanique à partir de la dorsale (accrétion océanique), subsidence thermique.
Exemples de rifts
[modifier | modifier le code]Rifts actifs
[modifier | modifier le code]- Le rift est-africain, en particulier la région de la dépression de l'Afar
- Le rift de la mer Rouge
- Le rift BaĂŻkal, le rift continental le plus profond sur la terre.
- Le rift du golfe de Suez
- Le rift du lac Timiskaming en Temiskaming Shores, Ontario
- Le rift du Rio Grande dans le sud-ouest des Ătats-Unis
- Le rift contenant le golfe de Corinthe en GrĂšce
- Le rift Reelfoot, un ancien rift proche de la zone sismique de New Madrid dans la baie du Mississippi
- Le rift de la mer du Nord
- le graben de l'Eger
- Le rift ouest-europĂ©en, de la vallĂ©e du Rhin, au Nord-Est de la France (Alsace) et avec un morceau du Sud-Ouest de l'Allemagne (morceau du Bade-WĂŒrtenberg), connue sous le nom de fossĂ© rhĂ©nan
- La zone volcanique de Taupo dans le nord-est de l'ßle du Nord de la Nouvelle-Zélande
- Le graben d'Oslo en NorvĂšge
- Le graben d'Ottawa-BonnechÚre en Ontario et au Québec
- La cordillĂšre volcanique de la Province Nord de la Colombie-Britannique, du Yukon et l'Alaska
- Le rift de l'Antarctique de l'Ouest
- Le bassin de Fundy (en) au sud du Canada
- La ceinture volcanique de Reykjanes, la ceinture médio-islandaise, la zone volcanique Ouest, la zone volcanique Est et la zone volcanique Nord en Islande
Rifts avortés
[modifier | modifier le code]- Le rift de Keweenaw (ou rift médio-continental), en Amérique du Nord.
- La ceinture volcanique de SnĂŠfellsnes en Islande
Notes et références
[modifier | modifier le code]- â Alain Foucault, Dictionnaire de GĂ©ologie - 7e Ă©dition, Dunod, (lire en ligne), p. 310
- â Jacques Debelmas, Georges Mascle, Christophe Basile, Les grandes structures gĂ©ologiques, Dunod, (lire en ligne), p. 49.
- â Gilbert Boillot, Philippe Huchon, Yves Lagabrielle et Jacques Boutler, Introduction Ă la gĂ©ologie. La dynamique de la Terre, Dunod, , p. 108.
- â Marc Tardy, Jean-Yves Daniel, Michel Hoffert, AndrĂ© Schaaf, Armelle Baldeyrou Bailly, Gilles Merzeraud, Sciences de la Terre et de l'Univers, Vuibert, , p. 403.
- â (en) SENGOR A. M. C., BURKE K., 1978 â Relative timing of rifting and volcanism on earth and its tectonic implications. Geophys. Res. letters, 5 : 419-421.
- â Bernard Roussel, Le Rift est-africain. Une singularitĂ© plurielle, IRD Ăditions, (lire en ligne), p. 47.

