| Développeur |
Chris Crawford Bob Smith (TRS-80) Todd Frye (Apple II) |
|---|---|
| Ăditeur | |
| Réalisateur |
Chris Crawford |
| Date de sortie |
Septembre 1976 |
|---|
| Genre | |
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| Mode de jeu | |
| Plate-forme | |
| Langue |
Tanktics est un jeu vidĂ©o de type wargame créé par Chris Crawford. Initialement baptisĂ© Wargy I, le jeu est dĂ©veloppĂ© par Chris Crawford en FORTRAN sur un ordinateur IBM 1130 entre mai et septembre 1976. Il le porte ensuite sur KIM-1, puis sur Commodore PET en dĂ©cembre 1978, cette derniĂšre version Ă©tant directement vendue par Chris. Tanktics est ainsi le premier wargame sur micro-ordinateur Ă ĂȘtre commercialisĂ© et la premiĂšre copie du jeu est acquise par Bill Henson le . Le jeu est finalement publiĂ© par Avalon Hill en 1981 sur TRS-80, Apple II et Atari 8-bit. Le jeu simule des combats de chars sur le front russe pendant la Seconde Guerre mondiale. Le joueur y contrĂŽlĂ© une escouade de char de la Wehrmacht et affronte les blindĂ©s de lâarmĂ©e rouge, deux fois plus nombreux et commandĂ©s par lâordinateur. La partie se dĂ©roule sur une carte composĂ©e de diffĂ©rents types de terrains incluant des plaines, des forĂȘts, des montagnes et des routes. En dĂ©but de partie, les unitĂ©s de lâadversaire sont invisibles au joueur qui doit les repĂ©rer avant de pouvoir les attaquer. Le jeu ne propose pas de graphismes et lâĂ©cran nâaffiche que les dĂ©placements et les rĂ©sultats des combats[1]. Lâinterface entre le joueur et lâordinateur se fait par lâintermĂ©diaire de lignes de commande qui se rĂ©fĂšre Ă une carte imprimĂ©e fournie avec le jeu[2].
SystĂšme de jeu
[modifier | modifier le code]Tanktics est un wargame qui simule des combats tactiques entre blindĂ©s, sur le front de lâEst pendant la Seconde Guerre mondiale. Le jeu ne permet de jouer que contre lâordinateur. Bien que le jeu se joue sur ordinateur, il nâest pas possible dâobserver le dĂ©roulement dâune partie autrement quâen se rĂ©fĂ©rant aux plateaux cartonnĂ©s inclus dans le packaging du jeu et reprĂ©sentant la carte ou se dĂ©roule une partie. Ces plateaux, de 16x18 pouces, sont divisĂ©s en cases hexagonales, identifiĂ©es par des coordonnĂ©es, et en diffĂ©rents types de terrains, dont des forĂȘts, des lacs, des routes et des terrains difficiles. A chaque tour, lâordinateur transmet au joueur la position des diffĂ©rentes unitĂ©s et ce dernier peut alors positionner les pions correspondant sur la carte afin de visualiser la situation. Sur chaque pion est indiquĂ© Ă quel type de tank il correspond ainsi que sa capacitĂ© de mouvement. Outre sa vitesse, chaque tank est caractĂ©risĂ© par le calibre de ses armes et par trois types de blindage (arriĂšre, latĂ©ral et avant). Le joueur, qui contrĂŽle les forces allemandes, peut choisirs entre cinq type de tanks dont les Panzer IIIJ et IVH, Panther, Tiger et King Tiger. De leur cĂŽtĂ©, les froces soviĂ©tiques ont accĂšs Ă six types de tanks dont les T-34, les KV et les JS. Chaque camp a Ă©galement accĂšs Ă des armes anti-blindĂ©s qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©e dĂ©fensivement. Celles-ci fonctionnent comme les blindĂ©s mais ne peuvent pas se dĂ©placer[3].
Avant de dĂ©buter une partie, le joueur sĂ©lectionne un scĂ©nario puis dĂ©fini le nombre et le type de tanks qu'il souhaite utiliser. Il dĂ©finit aussi le type de tank dont dispose l'ordinateur. Ce dernier ne peut disposer que d'un type de tanks, alors que le joueur peut en sĂ©lectionner plusieurs diffĂ©rents, mais il se voit attribuer deux fois plus de tanks que le joueur. L'ordinateur dĂ©termine ensuite la position des objectifs et des joueurs en fonction du type de scĂ©nario. Cinq scĂ©narios diffĂ©rents sont proposĂ©s dans le jeu. Dans le premier, les deux joueurs commencent Ă distance de l'objectif et tentent de le capturer. Dans les scĂ©narios deux et trois, un des joueurs dĂ©fend l'objectif afin dâempĂȘcher son adversaire de le capturer. Enfin, dans les deux derniers, un des joueurs met en place une ligne de dĂ©fense que son adversaire doit briser pour atteindre l'objectif[3].
Le jeu se déroule au tour par tour, le joueur jouant toujours en premier. Au début d'un tour, l'ordinateur affiche la position de tous les tanks du joueur ainsi que celles des tanks ennemis qu'il peut voir. à chaque tour, le joueur peut déplacer ou faire tirer chacun de ses tanks. Le gagnant est déterminé par un systÚme de point qui prend en compte le nombre de tanks détruit, la durée de la partie et la réalisation des objectifs[3].
Développement
[modifier | modifier le code]Version IBM 1130
[modifier | modifier le code]En 1974, Chris Crawford, qui est dĂ©jĂ fan de jeu de guerre depuis longtemps, rencontre un employĂ© d'Avalon Hill qui travaille Ă l'Ă©poque sur l'adaptation sur ordinateur d'un des jeux de plateau de l'Ă©diteur, Blitzkrieg. Il pense au dĂ©part que ce projet est vouĂ© Ă l'Ă©chec, compte tenu notamment de la difficultĂ© de programmĂ© une intelligence artificielle, mais, intriguĂ© par ce projet, il dĂ©cide un an plus tard de s'attaquer Ă la rĂ©solution des problĂšmes techniques que posent une telle adaptation[4],[5]. AprĂšs quelques mois de rĂ©flexion, il rĂ©alise que crĂ©er un wargame sur ordinateur est loin d'ĂȘtre aussi complexe que prĂ©vu mais abandonne l'idĂ©e de se baser sur Blitzkrieg[4],[5]. Entre mai et septembre 1976, il dĂ©veloppe un jeu en FORTRAN sur un ordinateur IBM 1130, qu'il baptise Wargy I et qui est le prĂ©curseur de Tanktics[6],[4]. En , il organise une petite convention dĂ©diĂ©e aux wargames dans le collĂšge communautaire du Nebraska dans lequel il enseigne la physique[6]. Plusieurs dizaines de personnes s'y rendent et ont alors l'opportunitĂ© de tester Wargy I. Les joueurs ne sont cependant que moyennement impressionnĂ© par le jeu qui d'aprĂšs eux, n'a pas la richesse d'un jeu de plateau classique[7]. Chris Crawford continue ensuite d'amĂ©liorer le jeu sur son IBM 1130 mais commence alors Ă s'intĂ©resser Ă une nouvelle technologie, les micro-ordinateurs[8].
Version KIM-1
[modifier | modifier le code]Quelques mois aprĂšs, il s'achĂšte donc un ordinateur KIM-1 et commence Ă apprendre Ă programmer dans le langage machine de celui-ci. AprĂšs quelques semaines, il est prĂȘt Ă convertir le code en FORTRAN du jeu original dans le langage machine du KIM-1 mais le kilooctet de mĂ©moire vive de la machine se rĂ©vĂšle insuffisant et il doit donc rĂ©duire la taille du programme. Pour cela, il rĂ©duit la taille du plateau de jeu et se limiter Ă un seul type de terrain et Ă un tank pour chaque joueur. Il remplace Ă©galement la possibilitĂ© de jouer contre l'ordinateur par celle de jouer Ă deux. Cette nouvelle version se rĂ©vĂšle amusante mais son auteur ne tarde pas Ă ĂȘtre frustrĂ© par le manque de puissance de la machine ; Ă l'Ă©tĂ© 1977, il achĂšte une extension de mĂ©moire pour son KIM-1 qui lui permet de disposer de quatre kilo de mĂ©moire vive. Celle-ci lui permet notamment d'inclure une plus grande carte et huit tanks pour chaque joueurs[8].
Version Commodore PET
[modifier | modifier le code]Au cours de l'été 1978, Chris Crawford fait la démonstration de la version KIM-1 de son jeu lors de plusieurs conventions de joueurs de wargames. La plupart des joueurs sont impressionnés par sa création mais comme pour la précédente version du jeu (sur IBM 1130), des joueurs jugent qu'il n'a pas la richesse d'un jeu de plateau traditionnel et semblent ignorer l'argument de Chris qui affirme que son jeu permet véritablement de jouer « à l'aveugle ». Quelques possesseurs d'un des premiers micro-ordinateurs, le Commodore PET, tentent néanmoins de convaincre Chris Crawford de porter son jeu sur cette nouvelle machine et en septembre, il achÚte donc un Commodore PET[9]. Contrairement au KIM-1, celui-ci ne peut cependant pas gérer le jeu à deux et il doit donc revenir à la version solo sur IBM 1130. Celle-ci est cependant programmé en FORTRAN, alors que le PET nécessite une programmation en Basic, et il fait donc appel à son ami Dave Menconi pour traduire le code. En parallÚle, Chris porte certaines des routines les plus importantes du KIM-1 sur le PET. Programmées en assembleur, celles-ci permettent ainsi au jeu de fonctionner plus rapidement que si elles l'étaient en Basic. AprÚs quelques semaines de développement, il intÚgre le code de Dave Menconi au sien et aprÚs quelques semaines supplémentaires, il parvient à faire fonctionner le jeu[10].
Publication
[modifier | modifier le code]Ă l'Ă©poque, il n'existe pas encore de vĂ©ritable Ă©diteurs de jeu vidĂ©o et il doit donc le vendre lui-mĂȘme[4]. Pour cela, il imprime quelques centaines d'exemplaires du plateau de jeu et fabrique ses propres pions de jeu. Il fait ensuite plusieurs copies du jeu sur cassettes, qu'il Ă©tiquette Ă la main, sur son Commodore PET. Il Ă©crit Ă©galement un manuel, dont il fait des photocopies, et pour la pochette du jeu, il rĂ©alise une illustration reprĂ©sentant un Commodore PET avec l'avant et le canon d'un tank qui sortent de son Ă©cran. Pour promouvoir le jeu, il prĂ©pare sa propre publicitĂ© qu'il fait publier, pour 50$, dans deux newsletters consacrĂ©e au Commodore PET[11]. La premiĂšre copie du jeu est acquise par Bill Henson le , ce qui fait de Tanktics le premier wargame sur micro-ordinateur Ă ĂȘtre commercialisĂ©[2]. Il le vend Ă l'Ă©poque pour quinze dollars (avec un plateau de jeu et des pions) et parvient Ă en vendre 150 copies[4]. Compte tenu des 1000 $ que lui a coĂ»tĂ© la production et la promotion du jeu, il parvient ainsi Ă faire ses premiers 1000 $ de bĂ©nĂ©fice[11].
Réédition
[modifier | modifier le code]En 1981, alors que Chris Crawford considÚre Tanktics terminé, il est contacté par Avalon Hill qui lui propose de le publier sur une variété de plateformes. En partant de la version sur Commodore PET, il porte alors le jeu sur Atari et deux de ses amis, Bob Smith et Todd Frye, le portent respectivement sur TRS-80 et sur Apple II. Ces nouvelles version sont publiés fin 1981 par Avalon Hill, dans un packaging professionnel. Le jeu se vend ainsi à plusieurs milliers d'exemplaires et rapporte environ 10 000 dollars à son créateur[12].
Accueil
[modifier | modifier le code]| Tanktics | ||
| Média | Nat. | Notes |
| Tilt | FR | 2/6[13] |
Dans sa critique de la version Apple II du jeu publiĂ© par Avalon Hill, le journaliste Bob Proctor du magazine Computer Gaming World analyse tout dâabord le niveau de lâadversaire contrĂŽlĂ© par lâordinateur. Il note ainsi que si le manuel du jeu affirme que lâordinateur ne fait que rarement des erreurs « stupides », il a au contraire pu en observer Ă plusieurs reprises. Il juge en revanche que celui-ci utilise correctement les protections donnĂ©es par le terrain. Plus globalement, il estime quâil est au dĂ©part difficile de gagner mais quâavec de la pratique, le jeu se rĂ©vĂšle plus facile et quâil devient alors nĂ©cessaire de choisir des tanks plus faibles pour Ă©quilibrer la partie. Il met Ă©galement en avant la prĂ©sence de plusieurs bugs dans la version Apple II du jeu, mĂȘme sâil estime que ce problĂšme est attĂ©nuĂ© par la possibilitĂ© offerte par lâĂ©diteur de corrigĂ© directement le programme. Il ajoute Ă©galement que la version Apple II est a priori la seule Ă contenir de telles erreurs. Concernant son systĂšme de jeu, sa principale critique porte sur la gestion du champ de vision des unitĂ©s. Il note en effet que cette gestion sâappuie sur des probabilitĂ©s mais que le programme ne garde pas en mĂ©moire les rĂ©sultats des tests, ce qui peut faire disparaĂźtre un ennemi pourtant dĂ©tectĂ© par le joueur au tour prĂ©cĂ©dent. En conclusion, il juge que le jeu ne convient ni aux fans de jeux dâarcades, ni aux fans de wargames qui attendent du jeu un niveau de complexitĂ© digne des jeux de plateau Panzer ou Squad Leader. Il estime nĂ©anmoins que le jeu est trĂšs amusant et quâil convient parfaitement au joueur apprĂ©ciant un peu dâincertitude et Ă ceux sachant Ă quoi sâattendre[3]. Pour Robert Strydio, du magazine Basic Computing, Tanktics est un jeu polyvalent et bien prĂ©sentĂ© qui est a la fois amusant et difficile, le programme se rĂ©vĂ©lant dâaprĂšs lui un adversaire Ă la hauteur[14].
Postérité
[modifier | modifier le code]Tanktics est connu pour ĂȘtre le premier jeu publiĂ© par le programmeur Chris Crawford et pour ĂȘtre le premier wargame commercialisĂ©[15].
AprĂšs avoir publiĂ© Tanktics fin 1978, Chris Crawford se lance dans le dĂ©veloppement d'un nouveau wargame, baptisĂ© Legionnaire, avant d'ĂȘtre embaucher par Atari pour concevoir des jeux vidĂ©o sur ordinateur[4],[16]. Pour faire ses preuves, il se voit d'abord confier le dĂ©veloppement d'un jeu sur Atari 2600, baptisĂ© Wizard, qui ne sera finalement pas publiĂ©. Fin 1980, il est promu Ă un nouveau poste au sein d'Atari et commence Ă travailler sur un projet de wargame destinĂ© Ă promouvoir la fonction de scrolling. Satisfait du rĂ©sultat, il propose le projet Ă Strategic Simulations mais l'Ă©diteur ne se montre pas trĂšs enthousiaste. Il se lance donc seul dans le dĂ©veloppement du jeu, baptisĂ© Eastern Front, qu'il parvient Ă faire fonctionner fin juin 1981. Il n'est cependant pas satisfait de son gameplay et travail deux mois supplĂ©mentaire afin de corriger ce problĂšme[17]. Le jeu est finalement publiĂ© par APX (Atari Program Exchange) en et connait un important succĂšs commercial[18].
Références
[modifier | modifier le code]- â Stormbringer, « Dossier: Kriegspiel ! Les lĂ©gionnaires romains repoussent les invasions barbares », Tilt, no 10,â , p. 62-63.
- (en) Ezra Sidran, « Worlds at War: The history of wargames Part 2 », Computer Games Strategy Plus, no 23,â , p. 20-27.
- (en) Bob Proctor, « Tanktics: Review and Analysis », Computer Gaming World, vol. 2, no 1,â , p. 17-20.
- (en) Frank Boosman, « Designer Profile / Chris Crawford (part 1) », Computer Gaming World,â , p. 46.
- Rouse 2010, p. 258.
- (en) Chris Crawford, « Chris Crawford's First Computer Game », Computer Gaming World, no 84,â , p. 78.
- â Crawford 2003, Initial Programming, p. 194.
- Crawford 2003, Enter the KIM-1, p. 194-196.
- â Crawford 2003, Showing it Off, p. 199.
- â Crawford 2003, Porting, p. 200.
- Crawford 2003, Production, Marketing and Sales, p. 200-201.
- â Crawford 2003, Avalon Hill, p. 202.
- â Stormbringer, « Dossier: Kriegspiel ! », Tilt, no 10,â , p. 64-65.
- â (en) Robert Strydio, « Reviews: Tanktics », Basic Computing, vol. 6, no 9,â , p. 98-100.
- â (en) Matt Fox, The Video Games Guide: 1,000+ Arcade, Console and Computer Games, McFarland, (ISBN 9780786472574), p. 292.
- â Rouse 2010, p. 259.
- â Rouse 2010, p. 260.
- â Rouse 2010, p. 261.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Chris Crawford, Chris Crawford on Game Design, New Riders, , 476 p. (ISBN 978-0-13-146099-7, lire en ligne)
- (en) Richard Rouse, Game Design : Theory and Practice, Second Edition, Jones & Bartlett Learning, , 704 p. (ISBN 978-1-4496-3345-5, lire en ligne)
