L'hyperoxie est due à un excÚs d'apport en oxygÚne[1], et notamment à des fractions inspirées d'O2 anormalement élevées.
Dans le domaine mĂ©dical, elle dĂ©signe lâexcĂšs dâoxygĂšne dans les poumons ou les tissus, et rĂ©sulte dâune augmentation de la pression partielle alvĂ©olaire plus Ă©levĂ©e que celle due Ă une respiration normale Ă la pression atmosphĂ©rique du niveau de la mer. ConcrĂštement, cela signifie que la pression partielle dâoxygĂšne est supĂ©rieure Ă 0,21 bars - pO2 habituelle). Cela peut ĂȘtre dĂ» Ă la respiration dâun mĂ©lange gazeux contenant plus de 21% dâoxygĂšne, Ă une pression plus Ă©levĂ©e que 1 bar, ou les deux.
Le corps est tolĂ©rant Ă des modifications temporaires de la pression partielle dâoxygĂšne, mais un niveau dâhyperoxie suffisamment Ă©levĂ©, du fait de la toxicitĂ© de l'oxygĂšne dans le temps, peut exposer Ă des dĂ©gĂąts dans les poumons, les tissus, et le systĂšme nerveux central, avec une inflamation voire une mort prĂ©maturĂ©e des cellules de lâorganisme.
Lâhyperoxie est lâinverse de lâhypoxie, qui traite dâun Ă©tat oĂč lâapprovisionnement en oxygĂšne est insuffisant.
Lâhyperoxie implique y avoir Ă©tĂ© exposĂ© pendant un temps prolongĂ©, par exemple dans le cas de lâadministration dâoxygĂšne en secours d'urgence, en rĂ©animation mĂ©dicale ou en plongĂ©e professionnelle et de loisirs (Nitrox ou EAN chez les Anglo-Saxons). Une hyperoxie prolongĂ©e peut entraĂźner des consĂ©quences sĂ©rieuses sur l'organisme.
Fonctionnement
[modifier | modifier le code]L'organisme humain tolÚre une pression partielle d'oxygÚne inspiré comprise entre 170 et 500 hPa (la pression partielle atmosphérique d'oxygÚne étant de 210 hPa au niveau de la mer), mais il peut supporter des pressions supérieures sur de courtes durées. Lorsque la pression partielle inspirée dépasse 500 hPa, on parle alors d'hyperoxie.
L'effet nocif de l'oxygĂšne provient des propriĂ©tĂ©s chimiques de l'anion superoxyde O2â, porteur d'un Ă©lectron cĂ©libataire, et constituant de ce fait un radical libre. L'accumulation de radicaux libres (anion superoxyde ou autres), chimiquement trĂšs rĂ©actifs, est susceptible d'entraĂźner une altĂ©ration des membranes cellulaires : de la cellule elle-mĂȘme ou de ses organites, notamment de la mitochondrie. Dans des conditions physiologiques les radicaux libres peuvent ĂȘtre neutralisĂ©s par les composĂ©s anti-oxydants (vitamines ou autres), mais en grande quantitĂ© leur action entraĂźnera un stress oxydatif plus ou moins marquĂ© et par le fait des destructions cellulaires.
LâoxygĂšne en surpression ou en haute concentration est largement utilisĂ© dans le cas de la mĂ©decine dâurgence et des soins intensifs, et sauve des vies au quotidienâŻ:
- insuffisance respiratoireâŻ;
- rĂ©animation cardio pulmonaireâŻ;
- accident de dĂ©compressionâŻ;
- etc.
Causes
[modifier | modifier le code]Plongée sous marine
[modifier | modifier le code]Une grande partie des hyperoxies surviennent lors de plongĂ©es trop profondes avec des mĂ©langes tels que lâair comprimĂ©, le nitrox ou trimix. Le plongeur dĂ©passe alors la pression partielle maximum tolĂ©rĂ©e et s'expose Ă l'effet Paul Bert (voir ci-dessous).
En France, le seuil hyperoxique est fixé à 1,6 bar (1600 hPa) de pression partielle d'oxygÚne (PpO2) par l'article A322-92 du Code du sport. Certains organismes de formation en plongée imposent des seuils plus restrictifs : la Professional Association of Diving Instructors (PADI) et la Confédération mondiale des activités subaquatiques (CMAS) suisse le fixent à 1,4 bar. Dans des conditions difficiles (froid, effort), la Technical Diving International (TDI) préconise 1,4 bar pour 1,6 dans des conditions normales. La CMAS internationale et la Fédération française d'études et de sports sous-marins (FFESSM) indiquent 1,6 bar.
1,6 bar de PpO2 correspond à une profondeur de 66 mÚtres pour une plongée à l'air (1,6 bar / 21 % d'O2 = 7,6 bar de pression totale) et à 6 mÚtres pour une plongée à l'oxygÚne pur. Cette profondeur seuil est variable en fonction du mélange utilisé lors de plongées au nitrox. Le plongeur devra alors la calculer avant chaque plongée en fonction du pourcentage d'oxygÚne qu'il aura mesuré dans son bloc de plongée afin de déterminer la profondeur maximale jusqu'à laquelle il pourra évoluer. On parle alors de « MOD » pour Maximum Operating Depth (Profondeur maximum d'évolution ou profondeur plancher).
Une autre cause d'accident hyperoxique peut ĂȘtre la trop grande exposition Ă un niveau Ă©levĂ© de pression partielle d'O2 (plongĂ©es aux mĂ©langes hyperoxygĂ©nĂ©s trop longues et/ou trop frĂ©quentes dans un laps de temps rĂ©duit, travailleurs sous pression lors de la construction de tunnels, etc.). Dans ce cas, la personne s'expose Ă un accident dĂ» Ă l'effet Lorrain Smith (voir ci-dessous).
Effets
[modifier | modifier le code]Il y a deux effets possibles de l'hyperoxie : l'effet Lorrain Smith et l'effet Paul Bert.
L'effet Lorrain Smith
[modifier | modifier le code]AprĂšs un sĂ©jour de plus de deux heures Ă une PpO2 > 0,5 bar, il y a un risque d'inflammation du surfactant, des alvĂ©oles pulmonaires puis une possible apparition d'un ĆdĂšme aigu du poumon.
Signes avant-coureurs : face rose, difficultés respiratoires, toux, brûlures pulmonaires.
L'effet Paul Bert
[modifier | modifier le code]Les radicaux libres provoquent une altération fonctionnelle des cellules nerveuses et déclenchent des accidents neurotoxiques. On peut constater un raidissement de la personne atteinte (forme épileptique).
Signes avant-coureurs : tachycardie, nystagmus, spasmes, nausées, anxiété, confusion, troubles de la vue.
Cet accident se déroule le plus généralement en trois phases :
- phase tonique : de 30 secondes Ă 2 min, pendant laquelle surviennent des contractions musculaires gĂ©nĂ©ralisĂ©es, un arrĂȘt ventilatoire Ă©ventuel et/ou une perte de connaissance. Dans ce dernier cas, la glotte de la victime se bloque par raidissement. Il ne faut dĂšs lors surtout pas remonter la victime avant qu'elle ait repris conscience, sous peine de l'exposer Ă une surpression pulmonaire ;
- phase clonique : de 2 à 3 minutes, pendant laquelle ont lieu des convulsions ainsi qu'une ventilation irréguliÚre. On peut alors remonter la victime en restant particuliÚrement vigilant sur son expiration ;
- phase post-convulsive : de 5 Ă 30 minutes avec un relĂąchement musculaire, une reprise progressive de la conscience, des signes de confusion, voire d'agitation.
Ces 3 phases perdureront tant que la Ppo2 ne sera pas ramenée à une pression correcte.
Traitement et prévention
[modifier | modifier le code]Plongée sous marine
[modifier | modifier le code]DĂšs l'apparition des symptĂŽmes, ne pas de suite ramener la victime Ă une pression partielle correcte. D'une part elle va ĂȘtre en phase tonique, donc pouvant ĂȘtre dangereuse pour l'assistant. D'autre part, elle risque une surpression pulmonaire (un arrĂȘt ventilatoire Ă©ventuel). Attendre qu'elle soit en phase post-convulsive est la plus sĂ»re des attitudes pour la remonter Ă la profondeur adaptĂ©e.
En surface, il faut ensuite traiter les Ă©ventuels dommages consĂ©cutifs Ă ces accidents (noyade, brĂ»lure des alvĂ©oles pulmonaires, etc.), et enfin surveiller tout symptĂŽmes et comportements pouvant ĂȘtre liĂ©s au caractĂšre neurotoxique de l'accident.
Afin de prévenir ce type d'accident, on veillera en plongée sous-marine :
- à ne jamais dépasser la profondeur maximale autorisée par le mélange que l'on respire (en fonction de la proportion d'oxygÚne mesurée dans le gaz) ;
- ne pas effectuer de trop longues plongées à l'oxygÚne pur dans des intervalles trop courts.
Médecine hyperbarique
[modifier | modifier le code]MĂ©decine dâurgence
[modifier | modifier le code]LâoxygĂ©nothĂ©rapie est lâun des traitements les plus utilisĂ©s pour les maladies graves, et est couramment utilisĂ© en cas dâaccident traumatique et en mĂ©decine dâurgence. Le dosage optimal est toutefois difficle, et lors des phases dâassistance respiratoire, anesthĂ©sie et rĂ©animation, les dosages excĂšdent bien souvent les besoins physiologiques rĂ©els, pour Ă©viter un dĂ©ficit. Les excĂšs qui en rĂ©sultent peuvent crĂ©er des complications, mais bien infĂ©rieures Ă celles quâun dĂ©ficit hypoxique aurait pu crĂ©er. La surveillance constante des dosage et paramĂštres vitaux sous monitoring permet une oxygĂ©nation suffisante des tissus, sans aller jusquâau risque hyperoxique.
Oxygénothérapie
[modifier | modifier le code]Ă pression ambiante, il nây a aucun risque aigu de toxicitĂ© Ă lâoxygĂšne, mais lors de traitements de longue durĂ©e en oxygĂ©nothĂ©rapie, il y a un risque de toxicitĂ© pulmonaire liĂ©e au surcroit dâoxygĂšne, et lâhyperoxie peut aggraver certaines affections pour lesquelles lâaugmentation du taux dâoxygĂšne serait en principe bĂ©nĂ©fique voire recommandĂ©.
Prévention et dépistage précoce
[modifier | modifier le code]ĂpidĂ©miologie
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- â Techniquement, en dioxygĂšne - la molĂ©cule O2 plutĂŽt que l'Ă©lĂ©ment, mais seul le terme « oxygĂšne » est couramment employĂ©

