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Jim Allen (en) |
Perdition est une piÚce de théùtre de 1987 écrite par Jim Allen. Sa premiÚre représentation au Royal Court Theatre de Londres, dans une production dirigée par Ken Loach, est abandonnée à cause de protestations et de critiques à son encontre par deux historiens, provoquées par ses affirmations tendancieuses et controversées[1].
Outline
[modifier | modifier le code]La piĂšce se base sur le procĂšs Kastner en IsraĂ«l en 1954â55, procĂšs en diffamation concernant des accusations de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale en 1944 entre les dirigeants du mouvement sioniste en Hongrie et les nazis.
Le point de dĂ©part est le procĂšs de Rudolf Kastner, membre dirigeant du comitĂ© d'aide et de sauvetage de Budapest, comitĂ© qui se consacrait Ă aider les Juifs Ă fuir la Hongrie occupĂ©e par les nazis. Ce procĂšs en diffamation se tient Ă propos des accusations que Malchiel Gruenwald a portĂ© contre lui dans un pamphlet, sur sa collaboration avec Adolf Eichmann, officier SS chargĂ© de la Shoah en Hongrie. Le verdict de premiĂšre instance conclut quâil « avait vendu son Ăąme au diable » en sauvant quelques Juifs tout en ne prĂ©venant pas les autres que ce que les nazis prĂ©sentaient comme une rĂ©installation Ă©tait en fait une dĂ©portation vers les chambres Ă gaz dâAuschwitz. Le procĂšs en appel devant la cour suprĂȘme d'IsraĂ«l en 1958 renverse le premier verdict. Lâaffirmation de collaboration avec Eichmann est jugĂ©e fausse[2]. Entre les deux verdicts, Kastner est assassinĂ©[3]. Encore en 2017, Paul Bogdanor conclut que Kastner est coupable de collaboration. « Pendant la Shoah, lâhomme Ă la tĂȘte des opĂ©rations de sauvetage des Juifs a trahi son devoir de secourir les victimes et sâest mis au service des assassins »[4].
La piĂšce de théùtre, faisant un parallĂšle avec le procĂšs de 1954, imagine un procĂšs fictif ayant lieu en 1967 Ă Londres, oĂč le Dr. Yaron poursuit Ruth Kaplan, un Juif israĂ©lien qui lâaccuse dâavoir collaborĂ© avec Eichmann[3]. Allen pose la question morale du choix de sauver quelques juifs avec des actes de collaboration supposĂ©e, en accord avec la philosophie sioniste de renforcer le peuplement dâIsraĂ«l, mais au prix du sacrifice de la vie des autres Juifs (dans la vie rĂ©elle, Kastner est supposĂ© avoir sacrifiĂ© les Juifs hongrois en ne les informant pas de la rĂ©alitĂ© dâAuschwitz, alors quâil disposait de toutes les informations, dans le cadre dâun accord avec Eichmann, accord non-avĂ©rĂ© : son silence pour maintenir le calme dans les ghettos, contre quelques centaines de vie). La piĂšce inclut quelques images comme « le couteau juif dans le poing nazi » (retirĂ©e au cours des rĂ©pĂ©titions[5]) et accuse les leaders juifs : « Pour sauver votre peau, vous les avez pratiquement conduit Ă la chambre Ă gaz ! »[6]. Les personnages affirment que « IsraĂ«l a Ă©tĂ© fondĂ© sur les piliers de la culpabilitĂ© occidentale et les dollars amĂ©ricains » et « IsraĂ«l est marquĂ©e du sang des Juifs de Hongrie »[2].
Allen est influencĂ© par le livre du militant Lenni Brenner Le Sionisme Ă lâĂąge des dictatures (1983)[7] quâil dĂ©crit comme une « mine dâor »[8]. Dans une interview au magazine Time Out au moment de la premiĂšre tentative de montage de la piĂšce, Allen la dĂ©crit comme « lâattaque la plus mortelle contre le sionisme jamais Ă©crite, parce quâelle touche au mythe le plus intouchable de notre Ă©poque, la Shoah. Parce quâelle affirme que quelques Juifs privilĂ©giĂ©s ont collaborĂ© Ă lâextermination de leur propre peuple dans le but de construire un Ătat sioniste, IsraĂ«l, un Ătat lui-mĂȘme raciste »[5],[9]. Selon Allen, pendant la Shoah, « plus vous descendiez dans lâĂ©chelle sociale, plus vous trouviez de rĂ©sistance ; mais plus vous montiez dans lâĂ©chelle sociale, plus vous trouviez de coopĂ©ration et de collaboration [avec les nazis] »[2]. Dans une interview au Guardian, Allen affirme que les intĂ©rĂȘts sionistes correspondaient Ă ceux dâHitler, sur une base opportuniste, Hitler admirant lui aussi les sionistes, des Juifs prĂȘts Ă se battre pour une terre[10].
Chaim Bermant Ă©crit dans The Jewish Chronicle que Allen affirme « que lâensemble des leaders du mouvement sioniste [...] des gens qui ont fait tout leur possible pour sauver les Juifs dâEurope â ont Ă©tĂ© impliquĂ© dans une sombre conspiration pour les trahir »[11]. David Cesarani Ă©crit que, comme Brenner dans son livre, Allen sâappuie sur des stĂ©rĂ©otypes antisionistes soviĂ©tiques plaçant au centre la « conspiration juive »[8].
Annulation et controverse
[modifier | modifier le code]En janvier 1987, la production dirigĂ©e par Ken Loach de la piĂšce Perdition au Royal Court Theatre[1] est annulĂ©e la veille de lâavant-premiĂšre. Lâhistorien Martin Gilbert affirme que la piĂšce est un « travestissement complet des faits »[2] et « profondĂ©ment antisĂ©mite «[12], en comptabilisant une soixantaine dâerreurs dans le texte. Il affirme au Sunday times:
En rĂ©alitĂ© il y a des erreurs presque sur chaque page du scĂ©nario ; pas seulement des erreurs factuelles, mais aussi des insinuations et des allĂ©gations contre des Juifs qui ne peuvent plus se dĂ©fendre, puisquâils ont Ă©tĂ© assassinĂ©s il y a plus de 40 ans par des personnes avec qui, le scĂ©nario insiste sur ce point, ils Ă©taient en collusion sinistre et dĂ©libĂ©rĂ©e[13].
Un autre spĂ©cialiste, David Cesarani, approuve[14]. Max Stafford-Clark, alors directeur artistique du Royal Court, rejette les affirmations que la piĂšce serait antisĂ©mite ou contiendrait des erreurs, mais que continuer la production de cette piĂšce provoquerait une grande dĂ©tresse dans certaines partie de la communautĂ©[12]. Stafford-Clark rappelle en 2021 que Stephen Roth, prĂ©sident du Institut des affaires juives (en), lui a dit que dans le texte dâAllen « la rĂ©sistance juive nâest pas mentionnĂ©e, que la situation confuse de Budapest nâest pas mentionnĂ©e et que le nombre de personnes sauvĂ©es nâest pas mentionnĂ© non plus[3]. »
Loach affirme que le Royal Court a cĂ©dĂ© Ă la pression des juifs britanniques, dont Roth, lâĂ©diteur Lord Weidenfeld, et le conseiller politique Lord Goodman[3],[6]. Ken Loach dit Ă un journal du parti rĂ©volutionnaire des travailleurs quâil « quâil nâavait jamais eu affaire au lobby sioniste auparavant, et quâil Ă©tait Ă©tonnĂ© par la force, lâorganisation et la puissance de ce lobby ». Il dit aussi que « Les sionistes veulent conserver intact le sentiment de culpabilitĂ© envers les Juifs, afin que ce soit un sujet dont on ne puisse discuter ». Il en veut aussi Ă la dramaturge Caryl Churchill, qui a soutenu la dĂ©cision de Stafford-Clark[5]. Jim Allen sâen prend Ă la « machine sioniste »[2]. Cesarani, dans le Jewish Socialist, Ă©crit en rĂ©ponse que « les protagonistes de la piĂšce manipulent les stĂ©rĂ©otypes antisĂ©mites »[15]. Le syndicat des directeurs de Grande-Bretagne a protestĂ© contre lâannulation[16].
Dans une lettre au Guardian en 2004, et en rapport avec la fin prĂ©maturĂ©e dâune autre piĂšce controversĂ©e, Loach Ă©crit que lâaccusation dâantisĂ©mitisme contre la piĂšce dâAllen est « la maniĂšre traditionnelle de repousser les arguments anti-sionistes »[17].
Glenda Abramson Ă©crit dans Drama and Ideology in Modern Israel en anglais : Théùtre et idĂ©ologie dans l'IsraĂ«l moderne) (1998) que, dans sa piĂšce, Allen « utilise le sionisme plutĂŽt que le nazisme comme exemple de fascisme et fait lâanalogie avec IsraĂ«l plutĂŽt quâavec lâAllemagne nazie dans son alerte avec la renaissance future du fascisme mondial »[1]. Dans un article pour The Jewish Chronicle en 2017, Dave Rich dĂ©crit la piĂšce comme un mensonge stalinien, et que Loach utilise lâaffaire Perdition « pour tenter dâaffirmer que la totalitĂ© du mouvement sioniste a collaborĂ© Ă lâassassinat des Juifs ; soit par un calcul et cynique â en se souciant uniquement dâamener des Juifs en Palestine â soit par affinitĂ© idĂ©ologique »[18].
Derniers développements
[modifier | modifier le code]En 1999, la piĂšce a Ă©tĂ© jouĂ©e au Gate Theatre Ă Londres, produite par Elliot Levey, gendre de Ken Loach, dans ce que David Jay, Ă©crivant dans le New Statesman, a dĂ©crit comme « version considĂ©rablement réécrite »[19]. Levey dĂ©fend la piĂšce en 1999 : « Ce nâest pas historiquement faux. Câest une piĂšce trĂšs pro-juive. Mon espoir est quâon ne sâassiĂ©ra pas dessus, comme dans les annĂ©es 80. »[20].
Perfidy, de Ben Hecht, est un ouvrage non-fictionnel Ă propos de lâaffaire Kastner. Le titre de la piĂšce est en Ă©cho au titre du livre de Hecht[21].
Notes
[modifier | modifier le code]- Glenda Abramson, Drama and Ideology in Modern Israel, Cambridge University Press, , 169â70 p. (ISBN 9780521441599, lire en ligne)
- Linda Joffee, « A play no theater will play », Christian Science Monitor,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- Dominic Cavendish, « Ken Loach's Perdition problem: the 'anti-Semitic' play that keeps coming back to haunt him », The Telegraph,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Paul Bogdanor, Kasztner's Crime, Routledge, , p. 291
- Dave Rich, The Left's Jewish Problem, London, Biteback, (ISBN 9781785901515, lire en ligne), p. 147
- Ben Cohen, « The Persistence of Anti-Semitism on the British Left », Jewish Political Studies Review, vol. 16, nos 3â4,â fall 2004 (lire en ligne, consultĂ© le ) (This text is also online under the title: "A Discourse of Delegitimisation: The British Left and the Jews".)
- â David Hirsh, Contemporary Left Antisemitism, London, Routledge, , 40 p. (ISBN 9781315304298, lire en ligne)
- David Cesarani, Anti-Zionism and Antisemitism in the Contemporary World, Basingstoke & London, Macmillan, , 54â55 p. (ISBN 978-1-349-11262-3), « The Perdition Affair »
- â David Aaronovitch, « Don't let the revisionists rewrite Nazi history », The Times,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â « Leading British Theater to Present a Play Depicting Zionists As Collaborating with Nazis in Hungary », Jewish Telegraphic Agency,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Chaim Bermant, « Allen's evil example of the banality of ignorance », The Jewish Chronicle,â
- Reuters, « London Theater Drops Disputed Play », The New York Times,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Christine Toomey, « A Curtain Call for Courting Perdition », The Sunday Times, London,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Ed Lion, « Jewish group hails play cancellation », United Press International,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â David Cesarani, « Perdition: Stage managed antisemitism? », Jewish Socialist,â , p. 4â5
- â Cesarani (1990), p. 58
- â Ken Loach, « The truth about Perdition », The Guardian,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Dave Rich, « Loach, Livingstone and the Holocaust: a study in slander », The Jewish Chronicle,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â David Jays, « A damnable shame », New Statesman,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Fiachra Gibbons, « Jewish anger at revival of lost play of the 80s », The Guardian,â (lire en ligne, consultĂ© le )
- â Michael Pinto-Duschinsky, « Book review: Kasztner's Crime, by Paul Bogdanor », The Jewish Chronicle,â (lire en ligne, consultĂ© le )
Pour aller plus loin
[modifier | modifier le code]- David Cesarani, "The Perdition Affair" dans Robert Wistrich, ed, Anti-Zionism and Antisemitism in the Contemporary World], London: Palgrave Macmillan. pp 53â60 (ISBN 978-1-349-11262-3) DOI:https://doi.org/10.1007/978-1-349-11262-3_5, basĂ© sur Cesarani "The Perdition Affair", Jewish Quarterly, 34:1, 6-9, DOI:10.1080/0449010X.1987.10703724
- « Can censorship ever be justified? », sur the Guardian, (consulté le ) (five experts comment on the play)

