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Le deuxième Emsav est une période du mouvement breton allant de la fin de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est marqué par l'apparition du nationalisme breton et du fédéralisme breton en politique.

Histoire

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Origine

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La Première Guerre mondiale bouleverse la Bretagne, qui comme le reste de la France, est saignée à blanc. Les régions les plus touchées sont les régions agricoles de l’ouest et du sud-ouest (Pays-de-la-Loire, Bretagne historique, Aquitaine)[1]. Ce taux de perte donne l'impression à une partie de l'opinion un sentiment de victimisation[2].

Champs d'actions

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Développement de la littérature de langue bretonne

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Roparz Hemon développe l'idée de défendre la langue bretonne en s'inspirant des combats menés par les Danois et les Tchèques pour contrer la germanisation de ces pays[3].

Le mouvement des Seiz Breur se donne pour mission de renouveler l'art populaire breton[4].

Politique : nationalistes contre fédéralistes

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Le Groupe régionaliste breton est fondé le 17 septembre 1918[5]. Le but déclaré de vouloir « travailler activement au relèvement de la Patrie bretonne »[6]. Le mouvement se restructure en Unvaniez Yaouankiz Vreiz en mai 1920[7].

Une partie des membres de ce groupe évolue vers le pacifisme, l'internationalisme, le progressisme de gauche, le fédéralisme social, "l'autonomisme rouge" avec la création de la Ligue fédéraliste de Bretagne (LFB), et l'éphémère Parti national révolutionnaire breton (PNRB)[8].

La Ligue fédéraliste de Bretagne naît dans le contexte de l’éclatement du Parti autonomiste breton (PAB) lors du congrès du PAB à Rennes, le 11 avril 1931, où des tensions idéologiques entre les autonomistes de gauche, favorables à un fédéralisme républicain, et les nationalistes de droite, menés par Olier Mordrel et François Debauvais, conduisent à une scission[9].

L'enseignement du breton est promu par l'association Ar Falz, créée en 1933[7].

Au congrès de Carhaix, en août 1937, le Parti national breton se transforme en un véritable parti fasciste breton et, en mai 1938, les murs des villes bretonnes sont à nouveau couverts d'inscriptions comme « La Bretagne aux Bretons », « Breiz Atao vaincra », etc.[10].

Le décret-loi Daladier du 24 mai 1938 cible les « séparatistes » ; il permet de poursuivre et condamner « quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire »[11],[12],[13].

François Debauvais et Mordrel se réfugient fin août 1939 en Belgique puis en Allemagne tandis que les autres cadres du parti sont mobilisés. Le parti est dissous sous le gouvernement Daladier le 20 octobre 1939[11],[12] en raison de ses positions très « amicales » avec l'Allemagne nazie[13].

Seconde Guerre mondiale

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Article détaillé : Mouvement breton pendant la Seconde Guerre mondiale.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'ensemble du mouvement politique nationaliste promeut la collaboration avec l'Allemagne nazie et/ou avec le régime de Vichy[14]. Selon Jean-Jacques Monnier, de nombreux individus qu'il désigne comme « militants culturels bretons » choisissent la Résistance à l'occupant allemand[15]. Georges Cadiou estime pour sa part que le mouvement breton s'est « fourvoyé très majoritairement » dans la collaboration avec l'occupant, à l'exception des quelques cas individuels[16].

Les comportements des uns et des autres sont l'objet d'une amnésie sélective de guerre qui nourrit toujours des polémiques plus de soixante ans après : « En réalité, à la Libération, au sein du mouvement breton, on minimise la collaboration, on crée le mythe de l'épuration sauvage »[17].

Selon Clarisse Chassigneux et Boris Thiolay, la Résistance est un mouvement précoce en Bretagne et la collaboration doit être replacé dans « dans un ensemble plus vaste »[18].

Après 1945

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Près de 2 000 militants bretons sont arrêtés et « Internés administratifs ». Parmi les dirigeants d'organisations pro-nazies, la plupart seront condamnés à la Libération. Un certain nombre d'entre eux réussiront à échapper à la Justice et à gagner l'Irlande grâce à la filière de faux passeports montée par Yann Fouéré[19]. Quelques autres sympathisants sont relâchés au bout de quelques semaines, aucune charge n'ayant été retenue contre eux [20]. Les militants du PNB sont avant tout poursuivis pour avoir collaboré avec les autorités nazies (chef principal d'accusation : intelligence avec l'ennemi). D'ailleurs peu d'entre eux seront inquiétés :

« Environ 15 à 16 % des membres du PNB ont été traduits devant les tribunaux, rares sont les sympathisants à avoir été jugés. Ce qui fait de l'Épuration un épiphénomène dont la réalité est très éloignée de l'image mythique d'une répression massive, entretenue par la mémoire traumatisée des nationalistes bretons[21]. »

Le soutien à l'Allemagne nazie des nationalistes bretons du PNB a clairement nui à l'idée d'un projet autonomiste breton. Certains auteurs vont plus loin et avancent que ce soutien aurait nui à la culture et à la langue bretonnes, au moment même où les premières mesures gouvernementales en faveur des langues régionales étaient initiées :

« Cette culture de la haine de l’étranger et du mépris du peuple qui habitait les nationalistes les a conduits à faire déconsidérer pour longtemps l’intérêt pour la langue et la culture bretonnes dans la région, voire à permettre aux bretonnants de justifier l’abandon du parler breton. Pourtant, dès décembre 1946, à l’initiative des pouvoirs publics, Pierre-Jakez Hélias lançait un nouveau programme d’émissions radiophoniques en langue bretonne sur Radio Quimerc’h[22]. »

Références

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  1. ↑ Gil Bellis, Jean-François Léger et Alain Parant, « La guerre de 1914-1918 : un cataclysme démographique. Effets immédiats et conséquences à long terme de la guerre de 1914-1918 sur la démographie française », Espace populations sociétés. Space populations societies, nos 2022/2-3,‎ 15 décembre 2022 (ISSN 0755-7809, DOI 10.4000/eps.13244, lire en ligne, consulté le 29 novembre 2025)
  2. ↑ Cassard et al. 2008, p. 344-345.
  3. ↑ Gwalarn no 14 p. 30-62, et Gwalarn no 16, p. 93-94
  4. ↑ Pierre-Yves Collinet, Le XXe siècle en Bretagne et dans le monde : 1929. Ar Seiz Breur renouvelle l'art populaire breton, Le Télégramme, 2000, page 69.
  5. ↑ Sébastien Carney 2015, p. 50.
  6. ↑ Sébastien Carney, « Les nationalistes bretons face aux projets européens, des années 1920 aux années 2000 : une stratégie de l’étau ? », Histoire, économie & société, vol. 40, no 3,‎ 11 août 2021, p. 37–52 (ISSN 0752-5702, DOI 10.3917/hes.213.0037, lire en ligne, consulté le 22 mars 2025)
  7. ↑ a et b Déniel 1976, p. 61
  8. ↑ Travaux de l'universitaire, journaliste Erwan Chartier[source insuffisante].
  9. ↑ Cadiou 2013, p. 272.
  10. ↑ Georges Cadiou, L'Hermine et la Croix gammée, Mango Document, 2001.
  11. ↑ a et b Pascal Ory, Les collaborateurs, 1940-1945, p. 182:Le gouvernement français, par une réaction tardive et brutale, donnera aux mouvements les plus notoirement séparatistes la palme du martyre dont ils auront besoin par la suite. Un décret-loi du 24 mai 1938, qui s'attaque à quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire, lui permet de dissoudre en 1939 le PNB, les organisations de Spieler et de Bickler, l'Elsessischer Volkbildungsverein de Roos
  12. ↑ a et b Hamon 2001, p. 30 : « le gouvernement saisit l'occasion pour mettre en application le décret-loi du très jacobin Daladier, du 25 mai 1938, rétablissant le délit d'opinion en matière d'intégrité nationale »
  13. ↑ a et b Benjamin Stora, Messali Hadj, 2000: Un décret loi du 24 mai 1938,théoriquement pris pour combattre l'autonomisme breton, rédige l'article 80, paragraphe premier du code pénal, de manière à pouvoir frapper tous ceux qui « portent atteinte à l'intégrité du territoire français » (cité dans « Autour de folies coloniales »)
  14. ↑ Michel Nicolas (historien), Histoire du mouvement breton, Syros, 1982, p. 102
  15. ↑ Jean-Jacques Monnier, Résistance et conscience bretonne, l'hermine contre la croix gammée 1940-1945, Yoran Embanner, 2007, préface de Mona Ozouf, (ISBN 9782916579092)
  16. ↑ Cadiou 2013, p. 371
  17. ↑ Ronan Calvez, La Radio en langue bretonne: Roparz Hemon et Pierre-Jakez Hélias : deux rêves de la Bretagne, Presses universitaires de Rennes, 2000, 330 pages, p. 91 (ISBN 2868475345)
  18. ↑ scarney, « Retour sur le colloque Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale organisé par le CRBC à Brest (15 – 17 novembre 2001) », sur La Bretagne et le grand public, 11 mars 2024 (consulté le 22 janvier 2026)
  19. ↑ Yann Fouéré, La Maison du Connemara, passim.
  20. ↑ Quelques cas particuliers : un hôtelier, poursuivi pour avoir fait du marché noir et avoir adhéré au PNB, expliqua que son établissement avait été réquisitionné par l'armée allemande et qu'il devait fournir de la nourriture aux occupants; il ne nia nullement avoir eu de la sympathie pour le PNB; il fut acquitté « en raison de nombreux services rendus aux patriotes» (Annik Le Guen, L'épuration dans le Morbihan, page 97, novembre 1992, (ISBN 2-909750-24-8)); un boulanger, poursuivi pour avoir adhéré au PNB, fut acquitté: sa maison servait de PC au maquis local (Annik Le Guen, op. cit., p. 97); «Pierre Ropert, l'ancien président des "Moutons Blancs" de Pontivy, qui est en train de mourir dans un camp de concentration en Allemagne» est visé par un mandat d'amener (Herve Le Boterf, La Bretagne dans la guerre, cité dans Charles Floquet, Pontivy, la liberté retrouvée, page 94, Éditions Keltia Graphic, Spézet, 2003, (ISBN 978-2-913953-65-9)).
  21. ↑ http://www.fondationresistance.org/pages/rech_doc/bretagne-identites-regionales-pendant-seconde-guerre-mondiale_colloque7.htm
  22. ↑ compte-rendu de l'ouvrage Calvez Ronan, La radio en langue bretonne. Roparz Hemon et Pierre-Jakez Hélias : deux rêves de Bretagne, Rennes, PUR, (2000) par Luc Capdevila paru dans le n° 73 2002/1 de Vingtième Siècle. Revue d'histoire, p. 211-237,

Voir aussi

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Articles connexes

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  • Histoire de la Bretagne
  • Politique en Bretagne
  • Chronologie du mouvement breton

Bibliographie

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  • Michel Nicolas, Histoire de la revendication bretonne : Des origines aux années 1980, Spézet, Coop Breizh, juin 2007, 397 p. (ISBN 978-2-84346-312-9)
  • Michel Nicolas, Breizh : La Bretagne revendiquée : des années 1980 à nos jours, Morlaix, éd. Skol Vreizh, janvier 2012, 446 p. (ISBN 978-2-915623-81-9, présentation en ligne)
  • Georges Cadiou, EMSAV : Dictionnaire critique, historique et biographique : Le mouvement breton de A à Z du XIXe siècle à nos jours, Spézet, Coop Breizh, 2013, 439 p. (ISBN 978-2-84346-587-1)
  • Alan Le Cloarec, Aux origines des mouvements bretons, Coop Breizh, 22 septembre 2016, 300 p. (ISBN 978-2-84346-805-6).
  • Jean-Christophe Cassard (dir.), Alain Croix, Jean-René Le Quéau et Jean-Yves Veillard, Dictionnaire d’histoire de Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2008, 944 p.
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